Message

On ne nous dit pas que le Web est organique

Parfois, tu ouvres ta boite mail et tu as reçu un cadeau…

(…)

Tout a commencé, il y a quelques jours.

J’ai reçu un premier mail, signé ilfauttoujoursviserlatete@…

En voici le contenu…

Cette adresse mail est évidemment sans nom réel, sans civilité et sans fonction définie, socialement claire, pour le possesseur qui y est attaché.
Si vous cherchez du coté des compositions musicales plus contemporaines que celles que vous mettez souvent sur votre blog, vous retrouverez sans peine le titre éponyme de la chanson qui l’a inspirée.
“j’crois pas en Dieu même quand j’suis raide” dit le chanteur/compositeur.
Il m’aura fallu 5 ans de web assidu (tellement plus qu’assidu) pour arriver a la même conclusion.
Je n’ai rien a vous vendre, aucune requête a vous faire, aucun service a vous demander, aucune volonté de vous rencontrer, aucun désir d’une mise en relation reelle avec vous.
Mais, je me demandais a qui léguer ces 5 années englouties par le web et puisqu’approche le jour où – très bientôt – j’en serai totalement détache et puisqu’aussi pour ce genre de legs, “il faut toujours viser la tete”, c’est a vous que je préfère me confier.
Plus tard
J’ai répondu, comme je m’efforce de le faire chaque jour, d’un laconique “quand vous voulez”.
Et voilà le texte qui est arrivé et que je publie aujourd’hui, avec l’autorisation de son auteur (sans rien savoir d’elle ou lui), tant je le trouve troublant.

J’ai fait le parcours de la peine pour essayer de vous envoyer quelque chose de construit qui résume ces 5 années. Mais je crois avoir présumé de mes forces.
Je peux a peine soutenir un style télégraphique pour ne pas trop raviver les fêlures et ne relater pour le moment que partiellement ce que je pense de tout ceci.

On ne nous dit pas que le web est organique. On y plonge avec son corps : doigt sur la souris ou sur son téléphone, œil obnubilé par l’écran, veines palpitantes des décharges régulières d’émotions venues des mots, des images, des sons des autres. Concrètement, c’est notre corps qu’on y engage mais on ne nous prévient pas au départ à quel point.

Quand on ouvre soi même un espace d’expression, blog, Facebook, Twitter, on éprouve encore plus profondément cette corporalité. On s’expose, potentiellement a n’importe quel surfeur sur la toile, on se sent soudain nu par cette pensée, ce commentaire, ce  point de vue écrit dans l’isolement du face a face avec son ordinateur et qui est projeté tout a coup a la multitude.

On ne nous dit pas, quand on fait l’apologie d’Internet et de ses supports de partage, que c’est notre chair qu’on viendra exhiber.
Du moins, c’est dans ma chair que moi, j’ai ressenti cette exposition.

On ne nous dit pas non plus qu’on prendra goût a ces poussées régulières d’adrénaline provoquées par les émotions relatées par les autres au point de les préférer a la vie, la vraie. Qu’on oubliera son propre corps et sa réalité, dans le flux. Qu’on en viendra à trouver plus de plaisir dans le virtuel que dans l’existence. Et pour peu que celle ci soit difficile, qu’on la fuira de plus en plus souvent d’un simple clic de souris. Mais, la réalité elle ne s’oublie pas, et face a notre défection, elle restera au mieux inchangée. Au mieux.

On s’étonnera parfois d’être le seul à vivre de façon aussi impliquée ce rapport au net. On interrogera les autres participants du grand happening. “Toi, cela te touche autant?”, “Comment vis tu l’exposition?”

Et on aura alors souvent cette réponse incroyable : “tout est faux”, “je mens”, “je me construis un personnage”, “c’est un jeu”, “je brouille les pistes”, “je suis très différent de mon entité virtuelle”

On arrivera alors à cette vision hallucinante du net, un espace où tout ce qui se dit est caution à soupçon. Et on doutera de l’Homme. Ainsi celui-ci, même pris dans l’instantanéité d’un échange quasi immédiat, pourra le faire sans que l’on soit certain de sa sincérité? Qui dit vrai? Qui dit faux? Qui faut il croire? L’entité virtuelle ou celui ou celle que l’on a peut être rencontre? Et à quoi bon finalement, lire toutes ces prises de paroles, si elles sont potentiellement “jouées”?

Vient alors le vide. Le vide entre les émotions provoquées par la toile et la fiabilité qu’on peut leur accorder. On continue de surfer mais avec toujours en tête, que tout ce qui auparavant nous fascinait parce qu’avec la saveur du “vrai” de l'”humain” n’est peut être qu’une immense scène de theatre. Et le vide se creuse en nous.

Je n’ai pas vu Truman Show, mais je pense que quand on commence à envisager, la duplicité potentielle des échanges virtuels, on est comme le héros qui s’aperçoit peu a peu qu’il est victime d’une immense mascarade.

Je pourrais vous parler aussi de l’écrit qui nous fige quand les émotions qu’on y a projeté l’ont été a la vitesse de la parole, du besoin de reconnaissance avide dans cette course effrénée a la popularité que sont les réseaux sociaux, de la vitesse du web qui ne laisse aucune place à l’assimilation apaisée de l’information, du droit a l’oubli qui n’est qu’un vœu pieux, de l’illusion vendue avec le net de la prise de parole universelle quand subsiste la légitimité sous jacente du “qui parle? Et d’où?”…

Mais je ne sais pas si mon temps de parole n’est pas déjà épuisé.

Je vous fais, dans tous les cas, cadeau de cette longue musique, qui traduit d’après moi, à merveille, les déflagrations émotionnelles régulières auxquelles nous soumet le virtuel et le vide qu’elles creusent en nous.

 

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    RÉCLAMATIONS (50)

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    • elmone dit :

      Je pensais pouvoir lir ce texte, mais j’ai présumé de mes forces.

      Trop long coco trop long. Surtout pour un internaute.

    • Galahad dit :

      Super texte, sensible et lucide.

    • Grand Popo dit :

      Certaines cellules meurent, d’autres se forment les informations disparaissent ou sont répliquées, archivées.
      On peut faire appel au service dédié, l’homme domine la machine. Organique ou mouvant rien n’est figé pas moins que les notions, et puis il y a tant de gens…

      One day could be enough to be…

    • eliasophia dit :

      Ca donne envie d’en savoir plus, d’en lire plus.

    • Fevrier dit :

      La toile et ses extensions sont devenues des compléments d’information utiles. S’exposer à tous les vents provoquent angine, rhume, toux, fièvre, c’est pourquoi, il faut s’en protéger par des paravents. L’utilisation de blog, de facebook, de google, de twitter…,ça nécessite une protection de sa vie privé pour conserver une bonne santé mentale et morale. A cet auteur anonyme, je lui dédie cet épigramme de Voltaire.

      En parlant de l’épicurien Charles, Jean-François Hénault, président de la Chambre des requêtes à Paris, Voltaire dit de lui :
      ” Il a tout : il a l’art de plaire,
      L’art de vous donner du plaisir,
      L’art si peu connu de jouir,”

      San-Antonio aurait dit : ” C’est-y du Dard ou du cochon ?.”
      Mais il n’a rien, s’il ne digère…..

    • schloren dit :

      Pour en lire plus sur cette problématique il y a toujours Houellebecq (surtout la possibilité d’une île) ou Douglas Coupland (Microserfs, jPod..).
      “if you concoct a convincing on-line meta-personality on the Net, then that personality really IS you.
      With so few things around nowadays to loan a person identity, the palette of identities you create for yourself in the vacuum of the Net – your menu of alternative “you’s” – actually IS you. Or an isotope of you.
      Or a photocopy of you.”
      Microserfs 1995, oui 1995, il y a 17 ans !

    • poisson dit :

      Je ne sais pas. Moi je suis “un”, enfin “une”.
      Et je ne crois pas que ceux qui mentent soient une menace, ni qu’ils le font pour se mettre à l’abri alors que d’autres s’exposent avec inconscience. L’artifice des autres est le même dans le réel. Rien en m’inquiète.
      La parole qu’on crache vite a été longtemps ressassée et si on la dit sans réfléchir, ce n’est pas là qu’est notre vulnérabilité. Dans la sincérité on est désarmant.
      Cette parole du net n’est pas plus figée que celle d’un livre. Le net est “travaillé” par l’oubli et la mémoire, l’un autant que l’autre. C’est l’imprimerie qui est une mémoire indélébile. Les apparences sont trompeuses. Beaucoup de déperdition et de pertes définitives (de blogs) sur le net.
      J’aime ce texte de “il faut viser la tête” qui résout un peu le problème qu’il pose si bien.

    • anacla dit :

      ce texte est très beau et m’intéresse beaucoup car justement je travaille sur un documentaire de création sur les relations virtuelles / les relations réelles. Dans le sujet il y a aussi “Lointain souvenir de la peau” de Russell Banks qui s’interroge de façon intéressante sur ce nouveau monde virtuel et ses enjeux dans notre réel. Il y a aussi (mais en moins approfondi à mon avis) : “Enjoy” de Solange Bied-Charreton et “Un amour de geek” de Luc Blanvillain. Bien à vous

    • NK dit :

      Oui, un vrai “cadeau”, ce texte.

      Même si j’ai le sentiment d’y déceler quelques indices de pulsion suicidaire, qui me fichent un peu la trouille pour son auteur(e) !

      J’en profite donc pour lui faire un vrai gros bisou !

      Certains points évoqués recoupent d’ailleurs des préoccupations auxquelles je suis assez sensible depuis quelque temps – mais que jamais je n’aurais su rationaliser, et encore moins formuler aussi bien.

      Je repense ici à un bouquin, “Male, female, e-mail”, de Michael Civin (2000)… d’ailleurs assez chiant, globalement ! mais dans lequel il est possible de picorer quelques notions intéressantes, et non sans rapport avec ce très beau texte anonyme qu’on nous fait partager aujourd’hui.

      Le petit bémol, je dirai, c’est que ces “entités” rencontrées sur la Toile n’ont à mon avis rien de “virtuel”. Au contraire, le fait d’appréhender l’autre par le simple biais du discours qu’il produit, parfois, peut justement constituer une certaine tentative “d’épure du rapport”… c’est-à-dire un rapport débarrassé non seulement de multiples “brouilleurs” (apparence physique, préjugés sociaux ou sexuels, ou même “d’appartenance”)… Mais débarrassé également, en allant plus loin, de cette espèce de “sixième sens” que nous avons en partage avec nos amis les animaux… et qui nous oblige à nous “flairer” sans cesse les uns les autres, dans la vraie vie, et de distinguer le mec bien du pauvre con, la fille géniale de la pétasse… à tort ou à raison ! Car contrairement aux animaux, souvent nous nous trompons !

      Sur la toile, ces “brouilleurs” ne font donc plus obstacles. Bien-sûr, il en restera toujours d’autres, tels que le niveau d’éducation, la maîtrise de la langue, etc… Il n’empêche que bien souvent, un commentaire, un billet, une réaction, en dit au moins aussi long – voire plus ! – sur celui ou celle qui le “poste”, que sur l’objet même qu’il est censé traiter… Ce qui en soi, représente un certain progrès !

      La “nudité” dont il est question ici n’est donc pas forcément à craindre, même si elle est parfaitement bien décrite. Quant aux échanges, tout “théâtraux” soient-ils, qui se pratiquent dans ces relations de voisinage d’un genre totalement nouveau, ils produiront peut-être toujours moins d’illusions, de mensonges ou d’impostures que ne peuvent en contenir les “images”. Car les masques y tombent souvent beaucoup plus vite.

      Finalement, le danger se situerait peut-être plutôt dans une sorte d’atrophie de notre faculté d’écoute… Surtout s’il est vrai “qu’on ne fait jamais que ramasser ce qui traîne dans la langue” (Barthes), ou s’il est vrai que “le signe est suiviste, grégaire”, et qu’on “ne se contente pas de se loger confortablement dans la servitude des signes”, mais qu’on “dit, qu’on affirme, qu’on ASSÈNE ce que l’on répète”…

      C’est tout ce que j’avais envie de dire – et c’est bien peu de chose… – en signe de gratitude, et pour faire écho à ce joli “cadeau”.

      Un texte à lire et à relire – et plutôt deux fois qu’une, du moins en ce qui me concerne.

    • Albatros dit :

      je ne crois pas que l’on puisse être un autre sur le web
      On peut cacher partiellement des éléments de sa vie, les maquiller, s’inventer un personnage mais le langage, les mots ne viennent pas d’ailleurs et c’est l’expression qui nous définit, qui nous relie ou nous éloigne des uns et des autres.

      On ne peut pas sur la longueur n’être qu’un personnage de roman, sinon de notre propre roman…

      En ce qui concerne le fait d’être absorbé, dans le tourbillon des réseaux sociaux personnellement je ne suis sur aucun pour les m^mes raisons exprimées dans le mail, j’aime trop le privé de la vie, il est pour moi la clé de ma liberté de mon indépendance, je n’ai aucun gout à me raconter dans la vie en général, qu’elle soit en face à face ou par le biais d’un écran, ce que je dis, j’écris a pour moi la m^me valeur, la même importance, et ceux ou celles qui l’entendent, le lisent a sur moi la m^me impression, que la personne me connaisse ou pas, il en va du respect que j’ai de moi et des autres. ( UN peu différent pour les proches les intimes forcé)

      Je crois que la notion de nous m^me et des autres ne change pas avec le fait d’être anonyme, ceux qui transgressent transgressent aussi dans la vie “réelle”,
      le sentiment d’impunité alimente juste les comportements mais la personnalité elle est bien réelle.

      Ça c’est les coté noir du web, mais il est avant tout une aventure exceptionnelle faite de belles rencontres d’idées, d’informations, d’échanges etc etc une richesse dont je ne pourrais plus me passer, de cela je suis totalement ad_dicte, comme a pu l’être, l’arrivée de l’électricité et de l’eau au robinet dans les maisons….

    • Albatros dit :

      autres réflexions
      si danger il y a c’est certainement que le web n’est soumis à aucune loi …hormis celle que l’on s’impose et celle que les groupes sociaux imposent quand il excluent d’un blog ou autres celui qui nuit au groupe, chacun fait sa loi, sans en appeler évidement à hadopi
      il est clair que la question se pose, et encore une chose, la notion de frontières, cher à R. Debray, et si galvaudée par qui on sait, vient ici encore réclamer son du…

    • stabilo dit :

      on croit qu’on va lire quelque chose d’étonnant et complexe alors qu’en fait c’est simplement creux.

    • NK dit :

      HS, bulletin météo

      Pour mémoire, après l’élection présidentielle de 2007, dans mon coin, il a fait ce temps-là pendant trois mois…

      Le monde végétal en a besoin, et nous aussi, il paraît !
      (car on bénéficie d’un climat tempéré, faut pas l’oublier )

    • Galahad dit :

      Pourquoi creux stabilo ? Ça paraît honnête et on y trouve des choses qu’on a ressenties ..

    • Albatros dit :

      Un nouveau Monde
      la révolution numérique est entrain de bouleverser le champs_les champs, elle est aussi importante que l’écriture, à la différence que l’écriture était durant de longs siècles réservée à une élite, d’abords religieuse, elle détenait tous les pouvoirs, puis aux pouvoirs successifs en général aux travers des siècles jusqu’à l’avènement de l’école obligatoire et gratuite. La nuance qui produit du rien chez Stabilo, c’est que ce savoir est en premier lieu diffusé à grande échelle en dehors des pouvoirs ( ils le regrettent tant) par le plus grand nombre (toujours plus grand) et planétaire….rien que cela un détail de l’histoire qui fera l’Histoire à la vitesse de la lumière…..

    • Albatros dit :

      aller plus loin..
      Sujet est passionnant qui ne fait que commencer.
      j’ai trouvé cette excellent article sur “la vie des idees ” il y a une belle quantité sur le sujet, celui ci à retenue mon attention mais je ne les ai pas tous lu…

      Sagesse en réseaux : la passion d’évaluer
      http://www.laviedesidees.fr/Sagesse-en-reseaux-la-passion-d.html

    • Albatros dit :

      sujet passionnant
      cet
      a retenu

    • Pensez BiBi dit :

      “Le Masque démasque” (Jean Cocteau)

    • Sauker dit :

      L’exemple merveilleux de ce beau texte est qu’on l’aura oublié d’ici un jour ou deux, une semaine pour certains d’entre nous, et peut être laissera t il un souvenir vague à d’autres, quelques années. La loi du net.
      Sur le fond, personnellement c’est par anticipation, que j’ai choisi à mes tous débuts, de rester vrai, moi-même, caché derrière mon pseudo que moi seul connait. Ainsi pas de jeux à jouer, je suis moi-même, j’y dit ce que je ressens, mais rien ne peut remonter à ma véritable identité, ainsi détenteur d’une réelle liberté.

    • marifline dit :

      (…) Et on doutera de l’Homme. Ainsi celui-ci, même pris dans l’instantanéité d’un échange quasi immédiat, pourra le faire sans que l’on soit certain de sa sincérité? Qui dit vrai? Qui dit faux? Qui faut il croire? L’entité virtuelle ou celui ou celle que l’on a peut être rencontre? Et à quoi bon finalement, lire toutes ces prises de paroles, si elles sont potentiellement “jouées”?

      Bien beau, tout ça, mais c’est pareil en dehors du web, dans la vraie vie.

      En fonction du contexte, de l’interlocuteur, de ce que l’on veut obtenir, on présente une facette différente. Le ou les personnes que l’on représente sur Internet n’est/ne sont qu’une facette de plus.
      Nous sommes toujours en train de “jouer” pour obtenir quelque chose et internet n’est pas le lieu où nous sommes les moins nous mêmes, bien au contraire.?

    • dubuc dit :

      Donc, Rimbaud avait raison: “Je est un autre”…

    • Lune dit :

      Je reste partagée après la lecture de ce texte.

      Intriguée par le premier mail, cette référence à une chanson que j’apprécie, j’aurais aimé un approfondissement. J’en reste à ma propre interprétation : sur internet, il n’y a pas de tête à viser.

      Le début du second mail m’a parlé. Je suis une joueuse en ligne, on oppose le jeu à “irl” “in real life”, posant d’ores et déjà que le jeu est la fausse vie (ou virtuelle si vous préférez). Pourtant, on y parle de soi, on s’implique, on “connaît” les gens. J’ai souvent eu l’impression d’être la seule à ne pas faire de différence entre mes connaissances dans le jeu et mes connaissances hors du jeu. Je l’ai parfois dit, pour moi la différence, c’est que je peux faire la bise à certains et pas à d’autres. Je n’ai pas l’impression d’être plus ou moins fausse sur le jeu, et réflexion faite, je ne pense pas que les gens sont plus vrais par exemple avec des gens avec qui ils font du sport qu’avec moi sur le jeu. On ne fait que s’effleurer après tout, passer des moments agréables ensemble. Après tout, quel que soit le lieu, à combien de personnes puis-je répondre “non” quand on me demande machinalement si ça va, écoutant à peine ma réponse ?

      Mais n’étant pas aussi pessimiste que l’auteur du texte, j’ai donc du mal avec la suite du message. Oui certains jouent, mentent, d’autres sont sincères, c’est la vie… la vie exacerbée, facilitant des prises de positions extrémistes parce qu’anonymes, ou des mensonges physiquement visibles (âge, sexe, handicap, etc.), la vie déformée finalement, mais pas beaucoup plus que quotidiennement, où l’hypocrisie (qu’on appelle politesse parfois) règne en maître.

      Internet n’est qu’un outil. D’ailleurs le dernier paragraphe esquisse des idées sur le même thème, car ce n’est pas internet qui crée le besoin de légitimer une parole par un titre, pas plus que la course effrénée à la première place, que ce soit des anonymes par une recherche de popularité fictive ou des journalistes par la transformation en information d’une rumeur.

      Bref, je crois que l’auteur cible un vrai problème, mais qu’il se trompe de coupable…

    • Gros Ordi dit :

      irl i = -1

      i.e. i est imaginaire… ou irréel.

      In Real Life

      (Don’t talk s$*!)

    • Albatros dit :

      je crois que l’auteur cible un vrais problème mais pas “le problème” au web. Depuis ce matin me reviens assez souvent à propos de ce post, les mises en garde de Deleuze à ses élèves, des risques de la schizophrénie … et je crois sans affirmer que ce mail alerte sur ce qu je pense être le piège pour ceux qui se perdraient sur la toile sans ….identité forte, paradoxe mais la vérité est souvent sinon toujours a trouver dans les paradoxes.
      Les jeux ont aussi leurs règles propres et leurs limites, les risques c’est de ne pas les connaitre
      comme dans la vie et le web fait partie de la vie….

      Mais je crois aussi que ceux qui sont piégés sur le web pourraient l’être sans….

    • Gros Ordi dit :

      carré de i = -1 bien sûr, vous aurez corrigé de vous même.

      Bref, dépressif anonyme, manque d’amour? Questionnement, internet a-t-il l’âme du diable comme on peut parfois y lire? (Faîte sortir les non-croyants, les croyants de ça)

      BUG

    • Malbrouck dit :

      Si cet internet porte une part de “virtuel” alors on peut éventuellement y voir une part d’expression de l’inconscient : autrement dit ça nous rendrait complet, entier, authentique ! L’entremêlement du vrai et du faux, de nos vérités et de nos mensonges ou mystifications c’est notre tout si j’ose dire !
      Je ne suis même pas certain que dans la “vraie vie” on ne joue pas davantage un rôle que dans la supposée vie virtuelle où justement il est parfois plus facile de laisser exprimer son ‘vrai’ tempérament !
      L’éternel débat en somme !
      Un monde supposé virtuel où on prend grand soin à choisir des lieux précis parceque consciemment ou inconsciemment on estime pouvoir y laisser trace “humaine” de réflexion ! Ce message là trouve “repère” ou sanctuaire sur la blogosphère française : il y a un cheminement institutionnel mine de rien ! C’est ce qui m’interpelle !
      Ce texte est plein de sensibilité et il me parle comme il parle à d’autres ! Forcément ! Il fait miroir !
      Alors pour un misanthrope dans mon genre c’est l’idéal cet internet : je compte mes amis sur les doigts d’une main dans la vraie vie et j’ai peu de temps à consacrer aux relations ! La compagnie humaine m’agace très vite :-) Je suis ainsi fait !
      Je ne suis disponible qu’en cas de coup dur ou d’urgence absolue : merci d’avance ;-)
      Et voilà que ce diabolique internet me permet de discutailler avec un nombre invraisemblable d’individus et avec lesquels je peux d’autant plus suffisamment échanger authentiquement que ça ne m’engage en aucun cas à du relationnel trop vite étouffant ! C’est miraculeux tout ce monde dans mon salon vide ! Oui le plein, le vide (bien vu) ! Je suis persuadé que la psychanalyse eut connu un tout autre raisonnement si Freud et compagnie avaient connu internet !

    • mané dit :

      comme NK, un vrai gros bisou à l’auteur

    • Malbrouck dit :

      Vive les vrais gros bisous de l’internet :-)

    • Malbrouck dit :

      La quête perpétuelle de “la vérité absolue” a pour conséquence absurde de croiser aussi “le mensonge” en osant le regarder de travers ! :-)
      C’est un monde quand même ce binz !
      Tout est vérité dans le fond !
      Y a pas plus vrai qu’un poète loufoque ou même un fou aliéné débitant des onomatopées à n’en plus finir :-)
      Si l’objet de cette de quête de vérité est déterminé par une attente morale bien trop sophistiqué sur la nature des êtres ça peut cacher une arrogance qu’on masquera aisément par de la déception !
      J’ai la chance de m’attendre au pire pour avoir l’heureuse occasion de découvrir le meilleur chez mes imbéciles de concitoyens !
      Imbécile heureux parmi les imbéciles heureux et alors ? Mais encore ?
      Le vide ? Très utile s’il s’agissait de contempler les étoiles pourvu que le ciel nous accorde à sa convenance les moyens de voir quelque chose ! Vous attendez le soleil ? Moi de même ! Ça occupe d’attendre le beau temps !
      Toute déception porte une part d’inhumanité !
      Je connais peu de mots : empathie, compassion ça ira pour la route !
      Je suis un genre de dépressif joyeux qui ne supporte pas de voir quelque signe de déprime chez l’autre ! La déprime de l’autre est souvent mal placé bien entendu ! La vie est belle : faut rigoler :-)

    • Malbrouck dit :

      Et sur le net on attend aussi de “l’autre” qu’il vous inspire : ça lui apprendra :-)
      J’exige que chacun tache de m’inspirer ! Cette personne anonyme nous fait passer à table ! Merci beaucoup ;-)

    • Tasmant dit :

      Je m’amuse à balancer du “vrai”, sur le net. Mes expériences du passé. Le passé était déjà mort quand je le dégueulais avec ma machine à écrire et mon TRS 80.
      J’ai la chance d’inventer des histoires, de connaître mon histoire, d’étudier l’histoire…
      Chez Guy, je romance pas. Je viens vomir le gag de ma vie dans sa boutique, de temps en temps.
      Je regarde les gens dans la boutique.
      “Vous vous êtes pendu sur deux doigts, à quarante mètres au dessus du vide, sur une falaise? Vos potes étaient à Sarajevo? On a menacé de vous tuer? Est ce que vous êtes foutu?? Avez vous avalé les saloperies que j’ai bouffé?”
      Non?
      Ca empêche pas d’aimer tout le monde, tout ça.
      Je vous aimais tous avant le net!
      Et je continue à vous aimer.
      Même si vous êtes différents!
      Donc intéressants!
      Le net, c’est une occase de causer!
      :)

    • NK dit :

      A la réflexion, je suis un peu effrayé…

      Effrayé par l’effet qu’aurait pu produire la transformation de cette confidence privée en témoignage publique. Confidence qui ne se voulait pas essai, ni pamphlet, ni tribune… Mais qui exposait un constat juste, parce qu’inspiré par l’épuisement, par une fatigue intime réellement “palpable”.

      Je frémis donc d’abord en pensant aux “retrouvailles” de l’auteur(e) avec son propre texte, puis à sa découverte des commentaires qui tout de suite, ont commencé à s’égrainer, à une cadence attendue et pourtant tellement surprenante, étant donné l’instant critique. Des bravos, des hors-sujets, des réflexions complémentaires, des balles saisies au bond pour la polémique, des références et des liens, des propos qui s’adressaient en partie à elle (ou à lui), pour lui parler de lui (ou d’elle)…

      Soit le risque de ressentir à nouveau ces “poussées d’adrénaline régulières”, dont le fameux beau texte parlait précisément, le “plaisir dans le virtuel”, les “émotions provoquées par la Toile”… Ce qui m’amène à me demander – sans aller jusqu’à oser le terme “paradoxe” – si aujourd’hui, justement, un tel choc n’était pas légèrement contre-indiqué !

      Lorsqu’on lui demandait ce qui le fatiguait le plus, Roland Barthes (oui je sais, ça fait deux fois le même jour) répondait sans hésiter : l’obligation de prendre position. L’obligation de trouver une place. Bref, en un mot : la conversation… Non pas le bruit, mais la banalité de la conversation. Son caractère infatigable – et donc fatigant – qui confine parfois à la folie. La pratique de cette “adoration perpétuelle du langage”, de la même manière que dans les monastères, les moines pratiquaient “L’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement”… D’ailleurs, ne trouve-t-on pas aujourd’hui des fidèles d’un genre nouveau, qui se relayent pour “poster” à toute heure ? (comme moi, en ce moment même)… Et ne trouve-t-on pas, jusque dans notre chère Épicerie, en bas à droite, un tabernacle “Ouvert la nuit” ? (je pousse un peu)

      Barthes disait pouvoir surmonter cette fatigue, à condition de ne plus percevoir la conversation que comme un “tableau de langage”… (bavardages de voyageurs dans un compartiment de train, par exemple… ou discussion d’amis que l’on écoute d’un peu loin…). A condition, donc, de “flotter dans un espace” – situation de repos par excellence – plutôt que de chercher à “occuper une place”.

      Si je saoule tout le monde avec Roland Barthes, c’est parce que finalement, je me demande si c’est pas un peu tout ça – dit rapidement – qui nous l’a exténué(e), notre illustre inconnu(e)… Je sens le gros ras-le-bol, et le but c’est peut-être d’obéir au gros ras-le-bol, pour en faire quelque chose de nouveau… Quitte à revenir plus tard, ou pas.

      Ma chute est pas terrible. J’étais plus dynamique tout à l’heure, mais il fallait un supplément.

      N’empêche que ce texte inconnu est toujours aussi beau. Et que c’est une chance qu’il ait été “posté”.

    • lingette dit :

      Un texte très émouvant .
      Merci du partage .

      Bien à vous à l’auteur .

      http://remue.net/spip.php?article300

    • Grand Popo dit :

      Je n’ai jamais lu quelque chose d’aussi sensible et réfléchi sur ce monde de la banquise qui nous happe chaque jour, tout le jour. Une réflexion très aboutie des nouveaux rapports qui s’y développent et du questionnement métaphysique pertinent sur le devenir du Soi dont l’individualisme dans les mégapoles a explosé avec l’arrivée dans le cocon personnel d’un infini d’expressions venant des multitudes de mondes répartis sur la Planète par l’interface Homme-Machine.

      Que serais-je sans ça? Quelqu’un quand même et que les fous périssent de leur haine.-

      Weed :D

    • Fevrier dit :

      Avant d’aller sucrer les fraises, je dois dire qu’à la lecture de ces nombreux commentaires de bonne facture, l’épicerie de la maison Guy B….a réalisé une excellente vente sentimentale.

      Maison Birenbaum, c’est pour quand la prochaine émotion littéraire ?.

    • EstebanM dit :

      C’est vraiment très bien écrit.
      Est-ce que finalement tout cela ne vient pas d’une insatisfaction par rapport au monde réel dans lequel on ne trouve pas sa place? Notre relation avec le Web n’est que ce que l’on en fait.
      En attendre trop, comme si on recherchait un monde sans pudeur, sans hypocrisie, “la terre sans mal”, c’est s’exposer à de graves désillusions.
      L’équilibre est à trouver dans le monde réel.

      “Everything will be allright in the end and if it’s not allright then it’s not the end”

    • Albatros dit :

      NK
      Bavardage..
      A la lecture, je reçois ce texte plus comme une grande question que comme un grand/beau texte…

      Certaines œuvres inspirent le silence surtout celles des musées, des opéras, parfois au cinéma etc etc
      nous en sommes un peu éloignés je crois…

      et qu’elle aurait été votre réaction si sur ce post de GB il n’y avait eu aucun commentaire, bavardage, vacuité,
      et qu’aurait ressenti l’auteur face au silence…un vide de plus

      J’aime Barthes mais pas au point de l’associer à cet exercice
      :=)

    • Guy dit :

      Je n’ai pas compris la question Fevrier ?

    • NK dit :

      Ce n’était pas mon propos, Albatros.

    • Albatros dit :

      encore un contre sens ou hors sujet….
      :=)

    • grabowski dit :

      J’aime cette vision.
      Elle a donné vie a une expression que je déteste par sa cruauté “Dans la vrai vie”
      J’ai la mienne aussi ” cette personne est bizarre car elle est normal ”
      Merci à l’auteur

    • […] On ne nous dit pas que le Web est organique […]

    • thibnton dit :

      Arrivé là grâce à ce commentaire d’Herbe http://guybirenbaum.com/20120521/on-ne-nous-dit-pas-que-le-web-est-organique/#comment-92250

      Incité à y rester grâce à Sauker http://guybirenbaum.com/20120521/on-ne-nous-dit-pas-que-le-web-est-organique/#comment-92238

      J’en parlerai tout à l’heure sur France Culture à 18h10 http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-ethnographie-de-l-internaute-en-temps-de-campagne-2012-05-26

      Merci à Guy Birenbaum d’avoir publié ce mail et à surtout à son auteur de l’avoir écrit, en espérant qu’il a retrouvé le goût de déambuler sur la vaste toile qui n’est certainement pas plus violente que le monde qu’elle redouble, et où comme en elle, des rassemblements émancipateurs sont possibles ! Ce que pointe d’ailleurs le clip non-officiel de “Il faut toujours viser la tête” sur une plateforme bien connue appartenant à Orange.

      Tout est dans tout. Bien à vous.

    • Jeremy Desaix dit :

      Bonjour,

      Je voulais attendre quelques jours avant de m’exprimer sur le texte ci-dessus.

      Sur la forme, je doit admettre qu’il est très bien rédigé.

      Sur le fond, je souhaiterais émettre ici les commentaires suivants.

      Tout d’abord, sur l’idée développé par l’auteur que les ordinateurs et internet (en général) et les réseaux sociaux (en particulier) sont organiques, j’ai envie de répondre que, dans ce cas, toute expérience de la vie, qu’elle soit physique (manger, marcher, aimer,…) ou intellectuelle (lire, écrire, voir, écouter,…), serait, selon cette acception, organique. L’expérience que le rédacteur a éprouvé en surfant sur les réseaux sociaux s’inscrit au cœur d’une expérience, certes moderne, mais expérience tout de même, de la vie. Pour extrapoler ce point au champ de la littérature, certains propos du rédacteur m’ont évoqué le personnage et le roman éponyme de Mme Bovary. Pour résumer cette œuvre de Flaubert, je rappellerais que l’héroïne réussit à embellir une son existence terne grâce à des lectures romantiques et exaltantes. Elle parvient ainsi à s’échapper de la monotonie de son existence réelle en idéalisant une vie factice qu’elle parvient à goûter au travers des récits des romans qu’elle lit. Ne pouvant se résigner à la platitude de sa vie de couple, elle connaît alors un profond désenchantement essentiellement créé par le décalage qui existe entre sa vie réelle et la vie rêvée issue de ses lectures. On connaît tous la fin : après de multiples péripéties, ne parvenant pas à accepter la routine et les affres de la vie réelle, elle se suicide. Le parallèle avec les propos de l’auteur de l’e-mail me parait très intéressant. Il me semble en effet que le mal de Mme Bovary est assez proche du malaise que connaît notre rédacteur. Si nous admettons cette idée, les réseaux sociaux ne serait alors qu’une forme moderne d’évasion et de plaisirs éphémères comme pouvait l’être la littérature il y a quelques siècles. Poussé à l’extrême, il ne saurait être nié que ces plaisirs éphémères peuvent vite se transformer en addiction et se traduire alors en comportements compulsifs (par exemple, envoi ou lecture de twitts). Fort de ce parallèle, il est permis de conclure que, tout comme la consommation de littérature, l’usage du web est organique : d’un côté, on tient le livre entre nos mains, on effleure le papier, on corne les pages, on respire sa poussière et, partant, son passé, son histoire, son vécu, on le dévore de nos yeux, on apprécie sa calligraphie, on peste contre les polices minuscules, on recherche les dédicaces de l’auteur, on s’évade au contact d’éventuels photos ou dessins, on vérifie la date d’édition… de l’autre, on regarde un écran sur lequel le monde défile à volonté, on tape sur un clavier, on caresse un souris, on fixe une webcam, on regarde quelqu’un qui fixe une webcam à son tour… Bref, cette expérience de la lecture et du web est forcément, consubstantiellement, physique. Dès lors, selon moi, il ne peut être reproché au web d’être organique car, dans ce cas, le web n’est organique qu’au travers de notre propre expérience d’individu en tant que personne “vivante” ou d’ “être humain”. Sans trop vouloir m’avancer sur des terrains plus complexes, il peut ainsi être affirmé que le web serait organique car il devrait être perçu comme une représentation, comme un simple prolongement de notre propre activité organique d’être humain(pour les plus téméraires, je les invite à lire à ce sujet les travaux publié au début du XXe siècle par Teilhard de Chardin, notamment “Le Phénomène Humain”).

      S’agissant du deuxième sujet abordé par le rédacteur, celui-ci me semble plus contemporain et moderne : je veux parler de la vanité d’être présent sur un réseau social. D’entrée, je dois admettre que je n’ai pas réussi à ce jour à me forger une opinion solide sur ce sujet et mes pensées sont encore en constante évolution. Toutefois, il me semble que la renommée, la popularité ou, sous une forme plus insidieuse et déguisée, la puissance qui est recherchée par un membre de Facebook ou par un abonné de Twitter se mesure quasi-exclusivement au nombre d’amis ou de Followers en fonction du support ou du module concerné. Personne n’est dupe sur la fragilité, pour ne pas dire la vacuité, de ces supposés liens d’amitié ou d’abonnés. Mais peu importe la conscience ou non par les usagers des réseaux sociaux de cette fragilité des liens noués, là n’est pas le sujet. Il convient juste d’admettre qu’internet et les réseaux sociaux sont vains, éphémères et source de précarité dans notre relation avec autrui et, partant, dans notre perception de notre existence. Toutefois, force est de constater qu’il n’a pas fallu attendre l’arrivée du web pour que de nombreux écris fassent état de tels sentiments envers notre “basse” existence : de nombreux écrits classiques évoquaient déjà des visions désenchantées de la vie. La mélancolie stendhalienne ou le spleen baudelairien ont très bien décrit ce sentiment de vie vaine, éphémère ou précaire. Par conséquent, vouloir stigmatiser les réseaux sociaux sur leur prétendue vacuité ou sur le temps qui serait perdu dans cette vie virtuelle me semble relever d’un faux procès. En effet, ne pourrait-on pas tout aussi bien dire d’une relation amoureuse vécue cette fois dans la vraie vie et qui se terminerait mal, qu’elle a fait perdre 3 (5?, 10?) ans de la vie de l’amant éconduit ? Que celui-ci aurait mieux fait de tourner la page plus tôt ? Qu’il eût mieux valu qu’il ne rencontrasse pas l’ancien(ne) être aimé(e) ? Je veux simplement démontrer ici que le temps passé sur le web par le rédacteur du mail ci-dessus, temps qu’il lui semble aujourd’hui être du temps perdu, était alors certainement du bon temps, ou, plus prosaïquement, du temps qu’il lui a permis de “faire passer le temps” de sa vie d’alors. Qu’aurait-il fait à la place pour occuper ce temps libre ?

      C’est peut-être ici la vrai question, même si personne ne peut y répondre. Il me semble même vain de vouloir y trouver une réponse.

      Enfin, un dernier sujet évoqué par le rédacteur de l’e-mail a retenu mon attention et me semble bien préoccupant : il s’agit du droit à l’oubli qui n’existe plus depuis l’avènement d’internet. Tout philosophe, sociologue, psychologue, homme politique ou juriste pourrait apporter sa propre science pour étayer ce point de vue. Il est piquant de se rappeler certains écarts que les hommes politiques se permettaient dans l’ancien temps (pas si ancien) et qui étaient très souvent oublié par les électeurs lors des élections suivantes. Sous l’angle psychologique, heureusement que nous ne ressassons pas sans cesse nos erreurs passées et que nous savons faire fi de celles-ci pour aller de l’avant. En droit, afin d’apaiser les relations au sein de la société, ce droit à l’oubli prend la forme banale de la prescription : terme au-delà duquel une action en justice, faute d’avoir été introduite auparavant, ne peut plus être menée devant un tribunal. Or, aujourd’hui, le web crée une mémoire permanente (anticipée dans les travaux de Teilhard de Chardin précité), ce qui n’autorise plus le droit à l’oubli pour les acteurs de la sphère publique. Un lapsus malheureux : gravé pour l’éternité sur YouTube. Une œillade malencontreuse : twittée immédiatement pour être reprise aussitôt sur des centaines de blogs qui s’auto-alimentent de façon circulaire des mêmes anecdotes. Osons considérer cette nouveauté comme une forme de progrès dont je ne sais s’il est à louer ou à déplorer.

      Pour les courageux qui m’ont lu jusqu’à ces lignes, sachez que je suis bien évidemment prêt à être confronté avec d’autres idées ou opinions et si certains points de vue vous paraissent discutables ou erronées, n’hésitez pas à alimenter le débat.

      Au plaisir de vous lire,
      Jérémy

      Note personnelle pour l’auteur du mail initial : autorisez-moi la faiblesse de pouvoir me tromper dans mon analyse. J’ai volontairement essayé de me détacher de l’émotion qui se dégageait de votre témoignage qui était, j’en conviens sincèrement, fort touchant. J’ai voulu apporter un éclairage strictement personnel sur les réflexions qui m’ont été inspirées par votre récit. Je ne peux que vous recommander de continuer à écrire car vous avez du style. Bien cordialement. J.

    • NK dit :

      Intéressant point de vue !!
      Mais qui aurait gagné à être plus développé… (mais non, j’déconne ;-))

    • NK dit :

      Et je rectifie : TRÈS intéressant !!

    • poisson dit :

      Vite-fait, les raisons qui font que je ne vous suis pas trop dans vos raisonnements, Jérémie Desaix

      Vous prenez “organique” au pied de la lettre. Selon moi c’est une image pour exprimer que l’investissement envers le virtuel s’imprime en nous (ce que tende à démontrer les recherches des neurologues).
      “Madame Bovary” n’a pas qu’un niveau de lecture, qui serait les méfaits de l’imaginaire nourri par les romans conduisant à une soif d’absolu vouée à la déception..
      Et je ne crois pas que le texte ci-dessus dise ce que vous dites et peut être mis dans le même sac que Bovary. Internet a des spécificités.
      Le non-oubli du net: même pas vrai!

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