Les contrats

Fiction

J’adore publier les autres, vous le savez…

J’adore publier les autres, vous le savez…

(…)

@pasceluique, camarade de tweets, m’a fait passer cette fiction que je vous livre…

Après toutes ces années et toutes ces fins, c’est le bruit qui me guide, le bruit qui me donne soif, faim et m’apaise. Celui de la vie qui vous quitte quand j’exécute le contrat. Nous ne sommes pas des kilos sur Terre à être en capacité de percevoir ça mais ça existe.

D’aucuns disent que c’est le son que fait l’âme en bruissant lorsqu’elle sort de son enveloppe. Pour rien te cacher le trip mystico-quelquechose c’est pas ma came. Sinon je ne serai pas ce que je suis devenu. Le meilleur tueur à gages en activité sur cette putain de planète.

Je ne peux pas me permettre de monter dans cet ascenseur spirituel quand mon existence dépend de la capacité d’analyse et de la précision chirurgicale dans le dernier geste.

Quoi qu’il en soit, quand le type trépasse, il y a bien un infra-bruit spécial, une fuite, quelque chose qui s’échappe. Et je ne parle pas de ce à quoi tu penses, faut pas tout mélanger, c’est pas le genre de la maison le vulgaire. Ici c’est coupe ajustée, rasage de près, ongles soignés et amour du travail bien fait.

Je n’ai laissé filé personne. Je n’ai abîmé personne sauf circonstances exceptionnelles.

Je ne travaille pas sur les contrats viandards, je laisse ça aux tribus de francs tireurs sous crack qui pullulent désormais dans ma corporation.

Jamais plus de 3 impacts avec une préférence très nette pour la balle et le silencieux, voire la lame effilée mais jamais à distance. Il faut que le contrat voie mon regard et que je puisse écouter le Bruit.

Pas de jugement moral sur la cible, ma seule analyse est pragmatique et inhérente à la préparation de mon intervention. Empathie, compassion, sentimentalisme mènent à l’échec dans mon job et l’échec est aussi puni par la mort.

Je suis donc condamné à réussir. Malgré mon existence en dehors de la votre et de vos fichiers, je connais trop de têtes, trop de voix, trop de lieux, trop de mains qui tendent les enveloppes. Je tiens le Monde par les couilles et je serre juste assez fort pour qu’il ne puisse pas faire de même.

Illuminati de la gâchette et de la lame, semeur de mort sur les 5 continents.

Je ne compte plus. A quoi bon ? Il n’y a pas d’objectif. Même l’argent ne me concerne pas. Après tout ce temps je suis assis sur un tas équivalent au PIB du Pérou et je ne dépense rien à part pour ce que je porte et ce que nécessite le contrat en cours. Détaché du matériel je n’en suis que plus conscient, plus au contact.

Le fric est un passage obligé, une clause, une contrepartie.

Je ne travaille que les hommes. Les femmes j’aime les regarder vivre en préparant mon coup et je déteste les voir pleurer après le contrat. Je partage pas la peine, simplement je ne la comprends pas. J’y suis étranger ainsi qu’à la douleur. Je ne fais pas les femmes car elles restent ainsi ce mystère à élucider dont je n’ai pas les codes.

Quand j’aurai compris, je les ajouterai à ma gamme. Pour savoir le bruit que font leurs âmes…

Maintenant il est tard, je vous laisse. Demain j’ai du travail qui m’attend.

12 Commentaires

  1. Ah, ben voilà qu’on les retrouve ici, mes contrats ! M’étonne pas ! Aussi fainéant que le gugus au pull vert qui se marche sur les mains, que vous êtes, à publier les contrats des autres !

  2. Merci du partage… Quel style! Je pars à la recherche d’autres écrits de @pasceluique…

  3. 7ème paragraphe: « voit » et non pas « voie ».
    Et une phrase pas claire à l’antépénultième paragraphe: « je ne partage pas » ou « je partage »?
    Vous crovez que c’est exprès ou pas?

  4. Un tueur déjà mort à l’intérieur.
    Une machine sans affect ni vice qui reproduit l’immensité de son vide intérieur en exécutant ses semblables coupables d’être trop vivants, trop imperfectibles.
    Je suis partagée entre l’envie de lui prendre la main pour lui expliquer que la vie ne résume pas à une fuite sous anesthésie, que les troubles de la personnalité antisociale peuvent se soigner ou du moins se maîtriser…
    Et de l’autre l’envie de le laisser crever dans son coin après lui avoir savater la gueule avec mes talons aiguilles de gonzesse émotive.
    Histoire qu’il entende le bruit de ma colère dans sa chair à défaut de celui de mon âme.

    C’est bien écrit. C’est court, froid, clinique.
    Tout est clairement énoncé et pourtant surgissent des dizaines de questions et d’attentes.
    Du coup, on reste sur sa faim mais par curiosité, on ferme les yeux un court instant, attentif au battement de son propre coeur, à la recherche du bruit de son âme.

    J’en veux plus, siouplait.

  5. Trop émotif pour être un vrais tueur,
    car entendre le son de la vie qui s’échappe, qui n’est autre que le son, le souffle de l’étreinte que la mort offre à la vie qu’elle rapt, pour le sentir, l’entendre, le percevoir, ce mille millième de fraction de seconde, à peine perceptible à l’oreille d’un humain, je vous le dit Poisson, il faut un cœur et + encore un coeur gros…
    Tout le long de ce texte, c’est cela que j’entendais, mais les musiques, comme les sons…..
    Chandler en avait de si belles musiques….

  6. As pas Poisson
    :=)

  7. @Albatros
    Une personne avec des tendances psychopathiques a des émotions mais est dépourvue d’affect ou d’empathie.
    Ils sont généralement narcissiques avec des émotions binaires totalement vierges de toute considération sociale ou morale. Ils n’ont ni remords, ni culpabilité, ni empathie face à la souffrance d’autrui mais ils ressentent la joie, la colère, le chagrin ou la peur.

    Je ne crois pas qu’il faille un coeur au sens où vous l’entendez pour entendre le murmure d’une âme qui s’échappe d’un corps.

    Il faut juste être un être vivant.

    Personnellement, c’est le débit en mitraillette de Ellroy qui sonnait à mes oreilles. La rédemption en moins.
    Mais j’aime beaucoup les écrits de Chandler qui rendait ses héros profondément humains.

  8. La distance que permet l’écriture littéraire, c’est justement et c’est ce qui différencie notre jugement par rapport au fait réel, c’est que nous pouvons faire entendre dans le pire, dans ce qui semble une déshumanisation totale, ce qui est encore ( qui reste) vivant et c’est cela qui devient le message….pour moi ici c’est cet être totalement ignoble ( en apparence et c’est cette barbarie que je retiendrais si il passait aux assises) qui nous laisse deviner ce petit fil, à peine perceptible, faisant tout pour se faire invisible, qui le relie à l’humanité, et qu’il s’évertue à nous faire croire à jamais perdue.

    Des liens me viennent à l’esprit, la peinture de Francis Bécon des chairs crues mais la couleur, et l’écriture Artaud
    ces deux citation qui me sonnent juste à cet instant

    « Il y a dans la cruauté qu’on exerce une sorte de déterminisme supérieur auquel le bourreau suppliciateur est soumis lui-même, et qu’il doit être le cas échéant déterminé à supporter. La cruauté est avant tout lucide, c’est une sorte de direction rigide, la soumission à la nécessité. Pas de cruauté sans conscience, sans une sorte de conscience appliquée. C’est la conscience qui donne à l’exercice de tout acte de vie sa couleur de sang, sa nuance cruelle, puisqu’il est entendu que la vie c’est toujours la mort de quelqu’un. »

     » La ou ça sent la merde ça sent l’Être »

    ces fenêtres que l’écriture, l’art entrouvrent celles que la vie ne peut se permettre d’ouvrir , mais qui lui donnent du sens, son sens…enfin c’est ce que je crois.
    bref bonne journée

  9. l’écritude d’Artaud, ces deux citations qui me sonnent justes…bref tjrs aussi légère avec l’ortho….

  10. 7ème paragraphe: « voie » était exact, il s’agit d’un subjonctif…

    merci pour cette contribution qui ne manque pas de style (bien commentée par As)

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