Boring

Le remaniement qui vient

Se relire

(…)

Voici quelques lignes qui figuraient dans la version initiale de mon livre (Vous m’avez manqué), avant sa correction et sa parution, en avril 2015.

Dans cette histoire d’une dépression, la mienne, comme celle du pays, j’évoque la fin de l’été 2014, le remaniement… Déjà…

Alors que, d’ici la fin de la semaine, d’après les “oracles”, le gouvernement sera remanié, j’ai pensé que la lecture (ou la relecture) de ce passage pouvait présenter un intérêt, tant elle permet de mesurer ce qui sépare les “élites” – gouvernants, opposition, journalistes, communicants, etc. – du reste du pays…

Extrait…

“J’achève l’été pour la première fois depuis longtemps en célibataire. Après une étape à Lyon chez ma nièce et après avoir déposé les enfants dans le sud, je passe quatre jours avec ma belle sœur et mon frère encore plus au sud. Repos total, farniente, tourisme, soleil… De moins en moins d’anxiolytiques surtout… Venu en voiture de Paris j’ai choisi de rentrer le lundi 25 août. Pour cela j’ai décommandé ma première séance chez le docteur, prévue le 23. J’ai été heureux d’entendre sa voix… Me voilà au volant, seul, presque tranquille, le jour de la rentrée des radios, sauf France-Info qui a la bonne habitude de ne démarrer ses programmes de rentrée que le 1er septembre (NDA ça a changé depuis…). Quelques jours de bonus pour préparer mon atterrissage sur le service public ne seront pas de trop. J’ai peur : Laurent a décidé de me placer au pic d’audience : juste après l’interview politique et juste avant le journal de 8h ; des politiques qui resteront en studio et que je pourrai interpeller à ma guise.

J’étais KO, sans ressort, largué, au bout du rouleau… Laurent m’expose au maximum. Face aux invités les plus importants. Cette preuve de confiance et de respect me touche profondément. Surtout, j’ai vécu tant de trahisons que son attitude m’oblige ; au courage, à la nouveauté, à l’envie, surtout. Je passe tout le trajet à réfléchir à la manière dont je vais construire le nouveau rendez-vous qui m’est offert. Cette « autre info » que j’ai construite avec Laurent de manière théorique mais qu’il va me falloir dérouler chaque matin, en direct, en studio. J’appréhende évidemment le retour dans une matinale au cœur d’une équipe que je ne connais pas. Pas question de jouer les fiers à bras. Cette peur je décide de la verbaliser publiquement le moment venu.

Ma traversée automobile tranquille du sud au nord (Nice/Paris) est scandée par le remaniement ministériel surprise qui agite le pays, ce matin-là.

Alors que dans mon poste de radio, les politologues, les sondeurs, les experts, les journalistes dissèquent les événements, à chacun de mes arrêts dans une station d’essence ou sur une aire d’autoroute, je suis bien obligé de constater que personne – absolument personne – ne commente ce qui fait l’ordinaire médiatico-politique.

Pas de Montebourg, ni de Filipetti. Aucun Valls. Pas plus de Benoît Hamon que de beurre en branches. Ni de François Hollande ! Ici on râle contre le prix du sandwich. Là on grogne contre le super, trop cher à la pompe. Mais sur mille kilomètres, je n’entendrai pas prononcer un seul nom de ministre.

Nulle part. Jamais.

Alors que les gens rentrent de vacances, encore hâlés, je suis frappé de voir que les nouvelles politiques tambourinées et serinées depuis le tout début de la matinée sur toutes les antennes n’intéressent apparemment aucun des dizaines de françaises et de français que je croise pendant ma transhumance.

Je le tiens mon sujet ! Mon angle…

Si j’avais débuté, le lendemain à la radio, j’aurais raconté ce grand décalage entre les commentateurs et ma France toujours dépressive qui revient de vacances, à reculons.

Un écart mesuré empiriquement, entre des pompes à essence, des chiottes à la turque et des queues pour acheter des paninis spongieux, dégueulasses et hors de prix.

De cet exemple, je conçois plus largement mon projet pour la saison à venir. Mon « autre info », ma chronique (je n’aime pas ce mot, ni le statut de chroniqueur) doit voler à hauteur d’Homme.

Partir des gens, raconter des vies, des histoires ; ici, ailleurs, loin, à côté.

Sans me préoccuper le moins du monde du bruit des médias. Et renvoyer cette réalité-là, une autre que la leur, en quelques phrases aux politiques que j’aurai chaque jour face à moi en studio. Pas d’esbroufe, ni de phrases pontifiantes ; un retour par l’humilité qui m’a tant fait défaut.

NDA : depuis novembre 2015, l’autre info a changé d’horaire ; je suis à 6h26 et je ne suis plus face aux politiques. En revanche, je les retrouve désormais, pour les écouter et les questionner, à 7h45, aux cotés de Jean-François Achilli et Fabienne Sintès.

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