STF

Ervé. Sans Téléphone Fixe…

Je connais Hervé (@croisepattes sur Twitter) depuis plusieurs années….

Un jour de 2015, il a débarqué dans une librairie parisienne où je dédicaçais mon livre. Il m’a dit, entre quatre yeux, des choses que je n’oublierai jamais. Il y a quelques semaines, j’ai compris qu’il était retourné dans la rue. Son choix. Par un hasard très étonnant – une synchronicité ? – je suis venu déjeuner avec lui le jour où un premier article (dans Le Parisien, je crois) est sorti qui parlait de ses amis et lui. D’autres articles et rencontres avec des journalistes ont suivi. J’ai compris en dialoguant avec Hervé qu’il était mal à l’aise avec sa “médiatisation”. D’où ce texte personnel signé Hervé.

(…)

Je ne suis pas un #, ni un @ avec un pseudo derrière.

Je m’appelle Hervé, dit Ervé, ma signature, sans le « H » car, pour plaisanter j’aime à dire que ça fait longtemps que ce « H » là je l’ai fumé…

J’ai quarante quatre ans au compteur. J’ai près de vingt ans de vie en marge derrière moi. Une vie à la rue, en squat, en logement de merde qu’on appelle des chambres d’hôtel chez des marchands de sommeil mais surtout, une bonne quinzaine d’année à vivre en plein air dans les rues de vos quartiers.

Une vie partagée entre boulots au black, boulots en intérim et manche.

Quand déjà estampillé SDF ça te colle à la peau, le fait de devenir un # ou un @, au bout d’un moment, ça gonfle un peu. Car ces dernières semaines, le marronnier que je suis a attiré nombre de journalistes sur le thème : un SDF connecté, comment est-ce possible ?

Comment est-ce possible ?

J’ai juste un téléphone, un forfait à la con que tout le monde peut se payer et un compte Twitter que n’importe qui peut ouvrir pour s’épancher sur ceci ou cela…

Qu’a-t’il d’original ce SDF qui twitte son quotidien, ses états d’âmes ou ses conneries ? Rien, pas plus qu’un plombier qui twitte ou un nobody qui twitte. On s’étonne qu’il ait un smartphone ? Un Clodo n’aurait donc pas droit à un téléphone connecté ?

Un peu de rigueur journalistique aurait évité ce déferlement de questionnements autour de ce sujet ; un smartphone est accessible à tous, les forfaits pour surfer sur la vague numérique sont légions, les moyens de recharger le-dit téléphone sont à tous les coins de rue ou tout simplement chez des commerçants compréhensifs.

Je suis un SDF connecté qui a décidé d’utiliser un réseau social pour interpeler comme peuvent le faire nombre de blogueurs ou intervenant politiques pour s’exprimer.

Et je me suis fait lyncher. Un SDF avec un smartphone ? Et tout ça pour avoir accepté de discuter avec des journalistes qui pensaient tenir un bon sujet : un SDF connecté : comment se fesse ?

Je ne suis pas un SDF connecté, je m’appelle Hervé.

J’ai une vie, je plante un clou quand on me demande de fixer un tableau dans un mur, je truelle quand il faut réparer un mur, je joue du pinceau ou du rouleau quand il faut repeindre un appartement, je twitte mes besoins de travailler quand je suis à poil financièrement.

Les réseaux sociaux sont un marteau pour enfoncer le clou de mes aspirations. Ni plus ni moins.

Je ne suis pas un # ni un @.

Je m’appelle Hervé.

erve

Be Sociable, Share!

    RÉCLAMATIONS (14)

    > Déposer une réclamation
    • Laurent dit :

      Troublant

    • La rigueur journalistique voudrait (je pense) que les journalistes qui souhaitent me rencontrer aille au moins sur mon (pro)fil twitter et y voir que justement, ils commencent à me gonfler mais non, suite à la publication du présent billet dans l’épicerie, je suis contacté par téléphone et/ou en MP Twitter par… des journalistes qui souhaitent me rencontrer pour faire mon profil, me parler du SDF connecté que je suis, avoir mon avis sur la politique et les échéances à venir (primaires, présidentielle…)…

      J’ai beau, en “GUY”se de réponse renvoyer via son URL le présent billet, ils ne comprennent toujours pas ma lassitude et mon agacement.

      Donc j’ai :
      C8 pour Daphnée Burki,
      M6 pour une pastille (?)
      France 3 pour un portrait,
      le journal La Vie idem pour un portrait…

      …et c’est sans compter les étudiant(e)s en journalisme et autres documentaristes… Pffff !

      Si j’étais rémunéré pour répondre à tout ça, je crois qu’un 40 m² sur Paris me serait accessible à la location ! ;-)

    • Thomas dit :

      Bonjour, votre commentaire est un peu déprimant… Voir la machine médiatique ne rien comprendre à des mots pourtant clairs et continuer comme un canard sans tête est assez consternant. Bon courage dans votre vie quotidienne, et je vous souhaite des belles rencontres qu’elles soient virtuelles ou réelles, l’important étant leur qualité et pas leur origine connectée ou non. C’est évidemment elles qui réchauffent le coeur quand d’autres, par leur médiocrité, enfoncent plutôt qu’autre chose.

    • Juan dit :

      Bravo pour lui donner la parole sur ton blog. Bravo à Erce pour ce billet. Et bonne année à tous les deux.

    • Juan dit :

      Ervé … pas Erce … fichu correcteur

    • Dans la famille “journalisme en roue libre” je demande StreetPress qui pond un article à la con ne tenant ni compte du droit à l’image d’un des mes Amis SDF qui ne souhaite pas voir sa trombine dans un média et aussi et surtout, article complètement à mille lieues de ce qui a été dit, convenu et, enfin, aucune relecture de notre part avant publication. Sans doute la routine pour média pure player, purement à gerber.

      Dans la famille “il est SDF donc je peux tout me permettre”, je demande Pierre Laurent, journaleux insomniaque (sic) pour le journal La Vie, qui, à 2h42 du matin cette nuit, m’envoie des sms pour un rendez-vous (un énième portrait du SDF connecté qui survie malgré le froid, bla bla bla, bla bla bla…). Je lui dis, dans un premier temps, gentiment que je suis en mode dodo, mais non, le type continue ses sms. Je lui tel pour lui demander de me foutre la paix car j’ai besoin de dormir mais non, il continue. Je lui dit d’aller se faire foutre (à près de 3h du matin, fatigué, faut pas me chier dans le duvet) et là le mec me demande de respect poli, qu’il a était courtois avec moi. Courtois ? Faire chier les gens en pleine nuit c’est courtois ? Je manque décidément d’éducation alors !
      Le ton monte et le mec, au tel après mon ultime coup de fil, très N’ervé je suis, me menace de venir me défoncer. Sympa.
      Enfin, ce “journaliste” emprunt d’humanité se permet de me relancer en MP sur Twitter, je pose son message tel quel :

      “Bref, je te reparle ici pour ne pas te réveiller à cause des notifications. Je m’étais excusé de t’avoir réveillé, tout ça pour récolter en retour des insultes et des menaces. J’ai réagi brusquement derrière mais je m’attendais pas à ça de ta part vu ton amabilité jusqu’ici.

      Je comprends que tu sois dans la galère mais, tu sais, ma proposition de collaboration était bienveillante et dénuée de toute ambiguïté.

      Bref, on en reparle autour d’un café quand tu veux. Je pense que le concept que l’on tient avec mon pote photographe pourrait vraiment t’intéresser, toi qui critique par exemple les articles marquant une surprise de voir des ‘SDF connectés’…

      Bonnes continuations.

      Pierre
      (Pierre Tourtois-L
      @Minacz)”

      J’aimerai conseiller à ces journalistes peu scrupuleux d’aller en reportage/immersion à ALEP par exemple où je pense que donner la parole et recueillir les témoignages de ses habitants (ce qu’il en reste) serait d’une réelle utilité journalistique mais bon, c’est sans doute plus facile de reprendre des idées déjà exploitées pour remplir le vide.

      Les journalistes ? On ne m’y reprendra plus.

    • @Juan

      Merci !
      Et une bonne année à toi et aux tiens…

    • Varlin dit :

      À lire Ervé, je comprends mieux pourquoi je suis un journaliste repenti.

    • As dit :

      En tous les cas, je trouve votre prose réjouissante Ervé. Votre récit des tribulations journalistiques est comme une récréation matinale.
      Je trouve votre patience infinie et je l’admire même car j’en suis totalement dépourvue face à ce genre de situation .
      Je ne connais pas votre parcours personnel alors je me garderais bien de commenter.
      Mais je sais l’extrême solitude dans lequel on peut tomber face aux difficultés de la vie. Le rétrécissement volontaire ou involontaire des interactions sociales, du regard de l’autre.
      Alors je vous souhaite d’être entouré, de continuer à communiquer dans le réel ou le virtuel. De continuer à être et à exister.
      Je vous souhaite aussi le meilleur et remercie mon épicier pour l’excellence de ses produits.

    • Varlin dit :

      L’association de critique des médias Acrimed présente ses vœux aux journalistes qui voudraient faire leur beurre sur le dos d’Ervé :
      http://www.acrimed.org/Acrimed-vous-presente-ses-voeux-et-ses-faux

    • Pierre Laurent dit :

      Ervé avait déjà accepté un rdv avec moi ce mercredi 4 janvier au matin, 9h30, avant que l’on ait ce différend au téléphone.

      J’ai, en effet, envoyé ce sms la nuit mais c’était par erreur : j’avais prévu de le programmer pr qu’il le reçoive à 8h.

      En dépit d’une excuse immédiate de ma part, j’ai récolté des insultes (j’ai les copies d’écran) et reçu deux appels. Le premier était menaçant et je suis resté calme. Le second était insultant et, en effet, je me suis bêtement emporté. C’était évidemment une erreur mais cela faisait plusieurs minutes que je récoltais des insultes !

      Aussi, comme je lui avais expliqué au téléphone vendredi dernier, c’était pour un projet photographique que j’avais contacté Ervé. Et non pour un portrait de “sdf connecté” comme il le prétend : j’ai d’ailleurs des copies d’écran qui en attestent.

      Enfin, en cas d’acceptation de sa part, j’avais prévu de partager avec Ervé les revenus issus de ces contenus texte/photo : cela me semblait tout à fait normal sachant que cela risquait de nuire à ses disponibilités pendant lesquelles il tente de gagner sa vie.

      Dernière chose : Ervé avait accepté de me voir ce jeudi matin, 8h30, au Carillon. Je l’ai prévenu à 8h10 d’un retard d’une dizaine de minutes (mon bus était pris dans les bouchons) et je suis arrivé sur place à 8h44. Il m’a mis un lapin.

      Nous avons un second rdv demain, cette fois vers Gambetta : sera-t-il présent ?

    • N'importe qui dit :

      Dans la rue c’est quand même pas facile de recharger son téléphone ou sa tablette, les commerçants compréhensifs ne se comptent pas par milliers et il y a des jours de fermeture. Idem pour se laver, un journaliste vous fixe rendez-vous à telle heure de la matinée dans tel café ; vous souhaitez arriver au rendez-vous présentable et lavé, mais les bains-douches / piscine / autre solution ne sont pas accessibles ce matin-là ou bien il y a du monde et ça vous met en retard, bref le journaliste lui n’y comprend rien et se dit que puisque vous vivez dans la rue il vous suffit de prendre un métro et il n’y a pas de raison que vous manquiez un rendez-vous. La compréhension des gens est à géométrie variable.
      Sinon, je pense qu’on n’est jamais à la rue par véritable choix, c’est juste qu’il y a des contraintes, des exigences qu’on n’est pas prêt à accepter, des humiliations qu’on ne veut pas avoir à subir (même si à la rue les humiliations ne manquent pas non plus), dire qu’on a choisi ce mode d’existence c’est pour faire bonne figure, enfin c’est mon avis.

    • N'importe qui dit :

      À la réflexion, être à l’heure à un rendez-vous c’est vraiment une des choses qui devient beaucoup plus difficile quand on vit dehors.

    DÉposer une RÉCLAMATION

    Souscrire à ces commentaires.

    *

    *Champs Requis