Lettre morte

précaires

Depuis quelques semaines, je me demande qui sont les blogueurs qui m’entourent et qui laissent une adresse en lien dans leur signature. J’en ai visité de nombreux, apprécié certains d’entre eux et du coup, j’ai eu envie d’en croiser quelques-uns dans la vraie vie. Et là, ces quelques rencontres m’ont, parfois, fait toucher du doigt des situations de détresse absolument incroyables. Au moment où la précarité éclate à la tête de tous les politiques dans notre pays, j’avais totalement sous-estimé une évidence. Les blogs sont aussi, évidemment, pour beaucoup, animés par de vrais précaires.

Depuis quelques semaines, je me demande qui sont les blogueurs qui m’entourent et qui laissent une adresse en lien dans leur signature. J’en ai visité de nombreux, apprécié certains d’entre eux et du coup, j’ai eu envie d’en croiser quelques-uns dans la vraie vie. Et là, ces quelques rencontres m’ont, parfois, fait toucher du doigt des situations de détresse absolument incroyables. Au moment où la précarité éclate à la tête de tous les politiques dans notre pays, j’avais totalement sous-estimé une évidence. Les blogs sont aussi, évidemment, pour beaucoup, animés par de vrais précaires.

(…)

Je ne vais en citer aucun. Ni truffer ce papier des liens de leurs blogs. Ils se reconnaîtront. Ce papier je l’écris simplement pour eux.

Ils sont parfois aux Assedic voire au RMI, quand ils le touchent, et vivent quasiment en permanence scotchés devant l’écran de leur ordinateur. Le dernier lien qui les unit aux autres est ce clavier qui leur permet de traiter de ce qui les entoure. La planche de survie est leur abonnement internet, et parfois l’abonnement à EDF…

Ils parlent extrêmement rarement de leurs problèmes personnels pour se passionner pour l’actualité ou les sujets qui les motivent. Surfant de sites en blogs, ils décryptent, analysent et publient des notes, souvent convaincantes, qui restent malheureusement pour la plupart lettre morte. Faute de lecteurs ou de retour.

Une nuit, très tardivement, ou un matin, très tôt, parfois, l’un d’entre-eux, excédé ou simplement à bout, finit par lâcher la bride et publie quelques lignes qui signent l’ampleur de son désarroi. Puis il se reprend bien vite et efface aussitôt la note impudique et les quelques commentaires qui étaient venus là, juste pour tenter d’aider la plaie à vif à cicatriser. Il faut être ainsi passé fortuitement, par hasard et avoir eu le temps de lire ces quelques traits de désespoir pour les comprendre, les aimer, les respecter.

Ils sont pour la plupart dignes, trompent leur monde et surtout le notre. Ils jonglent avec esprit – car beaucoup sont aussi talentueux que bien des « signatures » – mais aucun rédacteur en chef ne les maltraîte plus. Ils ont souvent travaillé dans des rédactions (PQR, presse professionnelle ou grande presse), dans l’édition, dans l’entreprise ; et puis, la spirale habituelle, vers le bas.

Je vous avoue qu’à distance virtuelle, je n’avais nullement mesuré l’ampleur du désastre. Les rencontres via nos blogs ne m’avaient – la plupart du temps – rien laisser soupçonner. C’est dans la vraie vie, en face-à-face, les yeux dans les yeux, qu’ils m’ont dit les choses avec des mots que je ne connais pas. Parce que j’ai la chance, le privilège et le bonheur de n’avoir jamais reçu une telle précarité de plein fouet.

J’ai compris alors à quel point internet et surtout ces blogs sont des outils extrêmement dangereux. Parce qu’ils assimilent et nivellent des gens qui n’ont rien à voir les uns avec les autres et dont les situations sont incomparables. Les industriels et autres dandys du net qui en vivent. Les dilettantes, comme moi, pour qui c’est juste un hobby, un passe temps (prenant certes !), en sus de nombreuses activités hautement lucratives. D’autres qui vont peut-être s’en sortir bientôt, parce qu’ils ont mis toutes leurs économies dans la bagarre. Et un véritable lumpen : ceux qui ne peuvent même plus entrevoir la sortie. Parce qu’ils croient que l’issue se trouve ici, sur cet écran perpendiculaire à leur clavier ; sur ces touches, usées à force de les avoir maltraitées.

J’ai alors eu envie de leur dire publiquement ce que je leur ai lâché, un peu cruellement, en face à face.

La sortie n’est pas là. Sûrement pas. Il leur faut ressortir dehors. S’éloigner le plus possible de ce piège informatique qui leur a fait croire qu’il y avait ici, une forme d’avenir. C’est un leurre. Et une fatale addiction (quinze heures par jour – quinze heures !!! – pour certains, devant leur écran). Les mêmes qu’ailleurs (je pense aux gens de la télévision) vont emporter le morceau (c’est déjà fait…), ramasser la manne qui traîne ici et la faire fructifier pour leur profit personnel. Comme d’habitude. Eux, n’auront que des miettes, qu’on leur balancera comme un pourboire ou, pire, une aumone. Rien de plus.

Voilà. Je ne peux malheureusement pas les aider individuellement. Je n’en ai pas le temps, pas les moyens, bien sûr, et pas toujours – soyons honnête – l’envie. Mais, si cette note a simplement convaincu l’un d’entre-eux, je crois que je n’ai pas échoué.

2 Commentaires

  1. Beau texte, dans lequel je me retrouve en partie.
    Certes, « la sortie n’est pas là », ou pas QUE là. Reste qu’il est aussi fort probable que c’est toute la société qui va se retrouver « échouée »…(?)

  2. A mon tour… 🙁

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