Mille Neuf Cent Soixante Dix Huit

bachelor

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C’était un matin… Où une fin de matinée peut-être. 
Je me revois partir de la maison, 86 rue de Sèvres (dans le VIIème arrondissement de Paris).
Nous habitions un grand appartement « Loi de 48 », au coin du métro Duroc. Cette trouvaille de mes parents m’avait mêlé très jeune à des enfants d’un tout autre niveau social que le notre. C’est comme cela que je m’étais notamment retrouvé au lycée Victor-Duruy (deuxième génération de garçons) avec la fille d’un ancien boss du SDECE, dans ma classe de 6 ème !

C’était un matin… Où une fin de matinée peut-être. 
Je me revois partir de la maison, 86 rue de Sèvres (dans le VIIème arrondissement de Paris).
Nous habitions un grand appartement « Loi de 48 », au coin du métro Duroc. Cette trouvaille de mes parents m’avait mêlé très jeune à des enfants d’un tout autre niveau social que le notre. C’est comme cela que je m’étais notamment retrouvé au lycée Victor-Duruy (deuxième génération de garçons) avec la fille d’un ancien boss du SDECE, dans ma classe de 6 ème !

(…)

J’avais rencontré Jean-François plus tard. Je me souviens parfaitement du jour où j’avais rudoyé le président du club d’échecs devant lui (son nom m’échappe, S. je crois…). Il s’en souvient ausi Jean-François. Et il prétend même que je l’avais massacré, S. En tous cas, J.-F. m’avait expliqué très sérieusement, dans ces années-là, qu’il serait un jour Président de la République.

On verra.

Ce jour-là, donc, je ne faisais pas trop mon petit malin. Il fallait aller jusque dans le XVIIè arrondissement, au Lycée Carnot. Chercher ses résultats. Autant dire que personne chez moi n’y croyait quand je suis parti, le cœur au bord des lèvres – je vomissais encore pas mal à l’époque, de trouille.

Quand je pense qu’aujourd’hui ils vont les obtenir sur le net…

Sur mon livret scolaire, au milieu d’appréciations inquiétantes et de notes plutôt catastrophiques, un seul prof avait écrit « Doit réussir son bac…». C’était mon prof de gym…  J’avais heureusement pas mal de points d’avance, en raison d’un 14 à l’écrit de Français (12 à l’oral sur les « Troglodytes« ) avec un coefficient énorme (genre 5 ou 6). J’étais en A. On disait comme ça. A2 ou A4 ? Je ne sais plus.  Avec les maths à l’oral. Des statistiques.

C’est avec mon copain Rémi que nous sommes entrés ensemble dans la cour de Carnot. Rémi, c’était vraiment mon pote. Le meilleur footballeur du lycée. En plus, Rémi jouait vraiment de la guitare électrique quand je ne parvenais qu’à imiter vaguement mes disques sur deux pauvres cordes.
 Tou-tou-tou  Tou-tou-tou-tou… Smoooooke on the water…. Fire in the sky. Je n’ai jamais « plaqué un accord ». Heureusement je le battais au tennis Rémi. On allait parfois jusqu’au Parc de Sceaux pour trouver un terrain. Ou au Stade Elisabeth, Porte d’Orléans.

Dans mon souvenir, il y a eu comme une distribution d’enveloppes. Je crois bien qu’on parlait de « collantes » à l’époque. À moins qu’ils n’aient placardé une liste. Je ne sais plus du tout. C’est dommage… L’attente – longue ou courte ? – s’est totalement effacée de ma mémoire. Le moment précis où j’ai su que je « l’ »avais également. Comme bizarrement toutes les épreuves. Je ressens tout de même encore ma surprise, matinée de fierté. Du premier coup ! Et sans l’oral de rattrapage !

J’ai appelé mon père et ma mère au magasin, d’une cabine téléphonique à pièces. Ils avaient une maroquinerie en gros, rue du Temple, dans le IVème (Biran). Pas loin du « Café de la Gare ». On voyait passer Coluche de temps en temps. Elle a éclaté en larmes. Yiddishe mame… C’est culturel. Vous ne pouvez pas comprendre si vous n’en avez pas eu un modèle à la maison. J’ai même failli retrouver le numéro de mémoire en y repensant ce matin. Failli seulement.

Presque aucun autre moment important de ce jour-là ne m’est resté. Tout s’est dissous. Le dîner familial ? Envolé. Mon frère ? Aucune idée. Mais des détails subsistent. Notamment la bande son, qui, elle, est restée intacte, fichée dans ma tête. La musique faisait quelque chose comme Airport ouh-ouh ouh-ouh-ouh-ouh Airport…  suivi de Flyer away… Flyer Away …. Les Motors.

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Je crois qu’en sortant, j’avais justement été chez Rémi. Mais où habitait-il ? Impossible de retrouver ça. J’aimerais tant le revoir Rémi. Et les autres aussi. Pas tous quand même.

Je me revois encore, le soir, sur la couverture de lit jaune, à bordures violettes – ma mémoire est idiote – de la chambre de mes parents, téléphonant, du poste blanc, à P. Il m’avait houspillé. « Évidemment que tu l’as eu du premier coup ! Il ne manquerait plus que ça. C’est normal ! ». Moi, je ne trouvais pas ça normal.

Quelques jours plus tard, je suis parti à la mer avec mémé. Les parents viendraient plus tard. Fin juillet. Nous n’étions que deux à l’avoir eu du premier coup dans la bande ! Jean-Marc et moi. Du coup, Deauville était désert(e), et nos courts de tennis encore plus à nous que d’habitude.

Si je me rappelle bien, il fallait 170 points (ou 150) pour l’avoir du premier coup. J’en avais eu 171 (151 ?).

Notamment ce fameux point supplémentaire que l’on m‘avait donné. Oui donné ! Parce que je n’avais pas encore 17 ans en ce mois de juillet 1978.

2 Commentaires

  1. Presque pareil, cinq ans plus tard. 141 points, il en fallait 140. Commentaire de mon anti Yiddishe mame : « Ben c’est pas terrible ». Fierté du père : « À 17 ans, c’est bien! » Un petit Luigi et Mario viendra récompenser les efforts, il me fera tout l’été…
    Pas le temps de jubiler : déjà, il faut prévoir l’inscription en fac. Stupide et interminable file d’attente dans la fosse de Tolbiac.
    À peine le temps de dire au-revoir aux copains de lycée. Tiens, l’un d’eux m’a recontacté sur Facebook : il est devenu ministre dans son pays, le Congo !
    Sera-t-il président avant Jean-François ?

  2. C’est dans ce registre que je vous préfère ….J’espère que le livre que vous écrivez est de la même veine 🙂

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2 Juin, 2007

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