A day in the life

Bas de caisse

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=UaRz-3DYV7c[/youtube]

Il faisait vraiment glacial, hier matin, dans ma banlieue. Et il tombait une sorte de neige fondue qui rendait la route sale et poisseuse. J’ai pris ma voiture pour aller à Paris. Le tableau de bord – sophistiqué – m’indiquait un risque de verglas. J’ai commençé à avancer sur l’avenue qui descend derrière la maison. Arrivant à proximité du feu rouge qui coupe la descente, j’ai vu, de loin, comme une étrange forme sur la chaussée, en face de moi. Je n’ai d’abord pas bien saisi ce que mes yeux devinaient. Et puis j’ai compris.

Il faisait vraiment glacial, hier matin, dans ma banlieue. Et il tombait une sorte de neige fondue qui rendait la route sale et poisseuse. J’ai pris ma voiture pour aller à Paris. Le tableau de bord – sophistiqué – m’indiquait un risque de verglas. J’ai commençé à avancer sur l’avenue qui descend derrière la maison. Arrivant à proximité du feu rouge qui coupe la descente, j’ai vu, de loin, comme une étrange forme sur la chaussée, en face de moi. Je n’ai d’abord pas bien saisi ce que mes yeux devinaient. Et puis j’ai compris.

(…)

Quelqu’un était étendu, de tout son long, sur la chaussée, dans la voie opposée à la mienne ;  celle qui remontait vers la banlieue.

Allongé, sur le flanc, sous l’avant d’une voiture arrêtée en plein milieu de la circulation matinale ; bloquant derrière les autres autos.

C’était un homme de grande taille avec un bonnet (de laine ?).

J’ai remarqué que ses pieds dépassaient de beaucoup en travers.

Il était étendu dans la largeur de la voiture, les deux bras complètement engagés sous le capot avant ; la tête aussi, par instants.

Pourtant c’était une petite voiture, très basse ; il y avait très peu d’espace entre la voiture et le sol rincé.

Cet homme, avec son bonnet, semblait essayer désespérément d’attraper quelque chose, sous la voiture, sous le moteur.

Il devait être trempé jusqu’à l’os, à cause de l’humidité de la route.

La conductrice, brune, debout, dehors, sous la neige, dans le froid regardait l’homme s’affairer avec l’air complètement désemparée. Mouillée. Larguée.

L’homme allongé, qui disparaissait à moitié sous la voiture, a fini, après pas mal d’efforts, par tirer quelque chose, très fort, d’entre les roues avant.

J’ai alors vu apparaitre les pattes avant, puis la tête – les oreilles couchées -, puis le corps, puis les pattes arrières d’un jeune berger allemand.

Vivant. Mais paniqué.

L’homme au bonnet essayait de récupérer son chien coincé sous la voiture…

Il l’a tiré, à la fois fortement et doucement par le collier, sortant de son piège l’animal affolé, sans lui faire davantage de mal.

Il l’a enfin dégagé de sous l’automobile et l’a coincé contre une autre voiture, en stationnement ; l’emprisonnant de ses immenses bras.

Le chien voulait fuir. Mais l’homme le tenait avec poigne. Il lui parlait tout bas.

La conductrice s’est baissée. Elle a ramassé machinalement un bout de son petit « bas de caisse » qui était tombé devant la voiture ; probablement sous le choc. Visiblement elle ne savait qu’en faire. Ni quoi faire.

Le feu est passé au vert.

J’ai démarré.

Je les ai laissés sur ma gauche.

Le grand homme barbu, qui perdait à moitié son bonnet, murmurait à l’oreille de son chien.

La femme lui parlait, son morceau de « bas de caisse » à la main. Elle hésitait à remonter dans sa voiture.

Derrière elle, dans la file qui s’allongeait, personne ne klaxonnait.

4 Commentaires

  1. Une de plus grandes hantises, qu’une de mes bêtes percutent une voiture. J’espère que jamais JAMAIS je ne vivrai ça. Par chance le chien de votre histoire n’avait apparemment rien de grave…

  2. On dirait le début d’un livre…on veut la suite du roman!
    Polar, épopée, conte?
    Guy, j’espère que vous n’en prendrez pas ombrage mais je mets un lien de ma chronique d’hier, ça parle d’animaux…de pandas et d’un paon. C’est moins héroïque que votre récit mais cela n’en est pas moins vrai.
    http://0z.fr/Dmyis

  3. C’est pas une réclamation.
    Si 1 juif sur 5 est pauvre, ils sont comment les 4 autres?
    J’aime bien les morceaux de vie, comme ça, comme un chien sous une voiture. Et puis ça finit bien.

  4. Mais qu’est-ce que je peux aimer votre écriture! Merci d’avoir offert ce magnifique texte à ceux qui comme moi n’avaient pas encore poussé la porte de votre épicerie en 2008…
    J’espère qu’un jour l’envie vous prendra d’écrire un roman ou des nouvelles sur ces « choses de la vie » que vous savez saisir avec tant de sensibilité….

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25 Nov, 2008

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