Ces livres qui ne se vendent pas…

Poker menteur

L’Expansion annonce des ventes déplorables pour certains livres, notamment politiques, publiés ces dernières semaines. Il faudra un jour que l’on se décide à vous expliquer vraiment pourquoi, lorsque l’on est éditeur, on publie, de temps en temps, des bouquins dont on sait, à l’avance, qu’ils seront mauvais. Et, surtout, qu’ils ne se vendront pas…

L’Expansion annonce des ventes déplorables pour certains livres, notamment politiques, publiés ces dernières semaines. Il faudra un jour que l’on se décide à vous expliquer vraiment pourquoi, lorsque l’on est éditeur, on publie, de temps en temps, des bouquins dont on sait, à l’avance, qu’ils seront mauvais. Et, surtout, qu’ils ne se vendront pas…

(…)

Depuis 1998, où j’essaie, parfois difficilement, de surnager dans les eaux troubles de l’édition, je ne sais pas exactement combien j’ai publié de livres comme éditeur.

Je ne suis pas du genre à tenir une comptabilité serrée.

En revanche, je sais simplement qu’au milieu de très belles réussites commerciales et de textes dont je reste très fier (et les deux ne sont pas du tout incompatibles), j’ai aussi édité, comme tous mes « confrères », des livres qui ne méritaient évidemment pas de l’être.

Parfois, je me suis trompé de bonne foi et j’ai ressenti l’échec comme une trahison.

En revanche, j’ai aussi publié des livres qui n’avaient qu’une seule fonction. Faire entrer de l’argent frais dans les caisses de la maison d’édition, grâce aux commandes, forcément « aveugles » (blind) des libraires.

Ces commandes, prises plusieurs mois avant la parution du livre (et parfois, même, avant l’existence du moindre manuscrit…), nous parvenions à les gonfler, artificiellement, en motivant les représentants (de la chaîne de distribution).

Nous leur faisions, en réunion commerciale, avec l »auteur », d’incroyables numéros de claquettes promotionnels qu’ils réitéraient, ensuite, devant les libraires.

La plupart du temps la manœuvre fonctionnait ; même s’il faut convenir que, désormais, le marché, de plus en plus rétréci, autorise moins ce genre de « performances ».

Une fois les libraires convaincus, ils passaient commande. Nous imprimions un premier tirage calé sur leurs commandes. Et de l’argent entrait dans nos caisses (et dans celles du distributeur) ; nous offrant quelques mois de répit, d’oxygène et de sécurité.

Nous, nous pensions déjà au prochain « coup » qu’il nous faudrait trouver, pour éponger les frais financiers des « retours » qui s’annonçaient ; les tonnes d’invendus si vous préférez. Des invendus qui, la plupart du temps, seraient détruits : cela coûte beaucoup moins cher que de les stocker. Sans parler de l’écart énorme existant parfois entre les avances versées et l’argent réellement généré par le livre.

Dans des cas comme ceux-là, l’édition s’apparente, du strict point de vue économique, à une forme de « cavalerie ».

Alors bien sûr, on peut avoir, de bonnes raisons (et pas seulement des problèmes de trésorerie) pour publier, tout de même, un ou des livres dont on pressent qu’ils ne trouveront malheureusement pas leur public : l’amitié, la fidélité, le courage, l’envie de défendre une cause, etc.

Et puis, on n’est jamais à l’abri d’une surprise : il arrive que de forts mauvais textes se vendent comme des petits pains et permettent économiquement de publier des livres, plus confidentiels, que l’on aime vraiment.

Cette pratique que je vous décris à gros traits, concerne généralement des ouvrages « écrits », pour le compte d’inconnus (des nobody qui racontent leurs drames), de pipoles ou de politiques, par des « nègres » qui cachetonnent à la demande. Comme généralement ces « auteurs » – et leurs « nègres » – coûtent cher, il vaut mieux avoir les reins solides pour jouer à ce genre de poker menteur…

En tout cas, ces petits arrangements justifient que les vrais chiffres de ventes des livres restent le secret industriel le mieux gardé du marché culturel français. Et ce, en dépit de l’existence de listes de meilleurs ventes dans les médias, de panels de libraires, de statistiques intermédiaires, et payantes, sur le net ou d’autres données disponible chez les diffuseurs… On connaît les chiffres des films à l’entrée près, idem pour les ventes de disques… Mais les éditeurs ont encore réussi à préserver le mystère sur leurs ventes.

Un jour, là aussi, il faudra bien faire le ménage…

16 Commentaires

  1. Excellent article et tout à fait d’accord. Les vrais chiffres de ventes de livres devraient être rendus publics. En ce qui concerne les livres qui méritent d’être lus mais risquent des ventes confidentielles, je serais d’avis de les mettre gratuitement sur internet à la disposition de tous, moyennant paiement d’un forfait à l’auteur.

  2. Merci Edistat, vaste fumisterie niveau chiffres dont l’existence fait dire à ces messieurs que « si si, on a des chiffres ».

  3. un livre comme Pécresse n’est pas pris en compte dans les frais de campagne pourtant c’est une excuse/prétexte pour être invité(e) dans les médias. et mener campagne…

  4. Merci pour le descriptif de l’édition comme elle va ou plutôt ne va pas. Ce secteur est vraiment complexe. Pour avoir travaillé sur l’organisation de telles structures, en management, on dit que le livre, c’est comme les chaussures, l’Opéra et les médicaments, des secteurs très difficiles à gérer.
    http://anthropia.blogg.org

  5. Sait-on combien de ces livres ont été vendus ?
    *Giscard et son ydille avec Diana,
    *Mémoires du frère de Rachida
    *les mémoires de Balkany
    *Pouvoirs de Manuel Vals
    *Mémoires de Pal Sarkosy
    *roman de Christine Deviers-Joncour
    *la propagande de Valérie Pécresse
    et j’en passe, de tous ces gens qui n’ont rien à dire et surfent sur leur notoriété et squattent toutes les émissions de télé, radio, reportages presse.

  6. Combien de textes qui en vaudraient la peine ne trouvent pas d’éditeur, combien d’histoires inouïes dorment dans le disque dur de l’ordinateur d’un écrivain ou plus modestement d’un « narrateur » ou d’un témoin déçu ?

    J’ai parfois l’impression qu’il y a de la frilosité chez les éditeurs qui se retranchent derrière de réelles difficultés financières.

    Personnellement, j’ai un texte très avancé que je n’ai pas fini parce qu’à un moment, je me suis dit que je perdais mon temps…

  7. J’ai acheté, d’occasion, il y a quelques semaines, le livre de Valérie Pécresse. Si mal écrit. On peut comprend tout à fait les mauvais chiffres…

  8. Ouais. A qui la faute! si ce n’est aux éditeurs.
    il est cependant très facile, à notre époque de sondages de tous poils d’en concocter u modèle sur le NB d’exemplaires vendu en FNAC, Evene, Amazone et surtout les hypermarchés qui à eux six vendent plus de 82% des livres. Mais, aussi, pourquoi toujours aller à la pêche aux fretins avec de la maille de douze.
    Mais les petits éditeurs même distribués par Editis, peuvent faire leur projection à partir de leurs librairies de référence. Ensuite,il suffit…Mais l’édition c’est un peu beaucoup comme la fabrication de la bière, on met le malt, le houblon, l’eau, une pincée de perlin pinpin on laisse fermenter en chauffant un peu, et on met à forcir en tonneau. Et c’est pas simple. de vendre ce nectar à des buveurs de bière et qui vont le boire comme on boit de la bière. Tout comme le Whisky qu’ils boivent comme de l’alcool.
    Tiens mais j’y pense. dans un hyper, la bière est rangée avec la bière et le Whisky avec le bourbon.Mais pour revenir au sujet, livres politique, il est vrai que l’on se trouve devant un dilemme à devoir choisir entre le dernier valls et le dernier pecresse parce que c’est quand même tout un chariot hebdomadaire en produits premiers prix.

  9. si ça vous intéresse, je peux vous proposer une biographie de josette mouflard qui était en gymnastique avec Obama au CE2 avec plein de révélations incroyables

  10. Je comprends mieux ces piles de bouquins avec la tête d’une personnalité politique qui encombrent les étals de Gibert ou La Procure.

  11. Édifiant article sur les coulisses d’un secteur aux pratiques assez décevantes. Mais qui est loin d’être le seul dans ce cas-là…

  12. @lol

    -Giscard : flop énorme
    – Frère Rachida : désintérêt historique
    – Balkany : flop flop
    – Valls : ventes inattendues (meilleure vente du moment en « politique »)
    – Pal Sarkozy : gros flop inévitable
    – Deviers-joncours : à oublier
    – Pécresse : la pauvre

  13. Merci pour cet article intéressant. Excepté que vous faites quelque chose d’un peu étrange en tant qu’ex éditeur, vous parlez de l’édition en ne disant pas un mot sur la littérature qui a pourtant plus à voir avec l’édition que les bouquins politiques et autres dérivés..

  14. Touchdown! That’s a really cool way of ptuitng it!

  15. kF4zLv , [url=http://fwicjlfrndfy.com/]fwicjlfrndfy[/url], [link=http://bhyjmyowdmjr.com/]bhyjmyowdmjr[/link], http://dkjscgwwqztk.com/

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