Carla Bruni, le problème de Marianne

Torchons et serviettes

J’ai d’abord eu du mal à le croire. J’ai vérifié plusieurs fois. J’ai relu. Mais, pas d’erreur possible, Marianne a bien commandé un sondage exclusif sur Carla Bruni…

J’ai d’abord eu du mal à le croire. J’ai vérifié plusieurs fois. J’ai relu. Mais pas d’erreur possible, Marianne a bien commandé un sondage exclusif sur Carla Bruni…

(…)

Fer de lance de la lutte contre la pipolisation de la politique, chevau-léger du combat contre la perte de sens, défenseur d’un journalisme de « fond », Marianne – que j’achète, et continuerai à acheter, tous les samedi – m’offre une belle occasion de m’amuser de son double discours.

Une sorte d’incarnation du « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais » journalistique.

En effet, l’hebdo ne consacre pas moins de six pages (six), moyennement vendues en « une », au « Problème Carla ».

On sent bien, lorsque l’on ouvre le journal, que l’on aurait bien pu avoir ce sujet « plein pot », comme on dit, c’est à dire vraiment en « une », mais que finalement… Non.

En gros, l’épouse du Président Sarkozy cadrerait mal avec l’idée que les français se font de ce que doit être une « Première dame » (même si cela n’existe pas en France) : « Elle a beau tout faire et (presque) tout avoir pour plaire, la première dame de France, peine à trouver sa place. Et si l’atout cœur de Nicolas Sarkozy se transformait en handicap » ?

Et pour appuyer cette enquête de Vanessa Schneider, le clou du spectacle, c’est – roulement de tambour – un « sondage exclusif » CSA-Marianne, sans le moindre intérêt, qui ne montre absolument rien et que je ne perdrai pas une seconde à commenter.

Attention !

Ce sujet, son angle, son traitement (sauf le sondage) ne me gênent en rien.

J’ai beaucoup donné, moi même, dans le deuxième, le troisième ou le quatrième degré sur Nicolas, Carla, Rachida, Cécilia… C’est bizarre non,  tous ces prénoms en « a » ?

Parfois, des lecteurs s’y sont perdus et ne m’ont lu qu’au premier degré (ne manquez pas cet exemple récent…).

C’est tout le charme de l’exercice.

Mais je ne me suis pas privé (sans jeu de mots), parce que ces pipoleries font désormais partie intégrante de l’offre et de la demande politiques.

Et que face à cette tendance, il n’y a que trois attitudes possibles.

Suivre le mouvement.

Être intégriste et décider de ne JAMAIS en parler et donc ne même pas pointer ceux qui s’y vautrent, car ce n’est qu’une manière, totalement hypocrite, d’évoquer le sujet en creux, en espérant en tirer des bénéfices (clics, buzz, ventes…).

S’en moquer ; au risque de ne pas être compris et de s’en rendre complice (la voie que j’ai prise).

Il n’y a pas de quatrième voie.

Il est donc très amusant de voir Marianne plonger (et ce n’est pas la première fois), comme les copains.

Mais, il y a encore plus révélateur dans le « Carla » de cette semaine.

Marianne accomplit la performance de cumuler/regrouper, en un seul papier, les deux graves travers que les « grandes plumes » de l’hebdo passent leur temps à reprocher à tous leurs confrères, en  matière de « traitement » journalistique de la chose politique.

Le « pipole », donc, mais aussi ces odieux sondages que l’hebdo n’a de cesse de dézinguer, tant ils pervertissent l’opinion, les opinions et engraissent des faisans.

Difficile d’être plus éloigné des convictions que l’on prétend incarner, non ?

Il y a des raisons à ces grands écarts.

On espère toujours, à tort ou à raison, que ce genre de sujets, à la charnière du privé et du public, cette peopolitique, attireront le chaland.

C’est que, comme l’écrivit Michel Audiard (né le 15 mai 1920, il aurait juste aujourd’hui 90 ans), pour « Le Pacha » : « Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute« .

On ne saurait mieux dire.

26 Commentaires

  1. J’ai eu la même réaction que toi. Marianne se fout de la gueule du monde pour faire du pognon. Y’a pas de mal à cela, faut bien vivre… Ils touchent combien en subvention eux ?

  2. Marianne a succombé aussi à la pipolisation ? J’espère que le Canard Enchaîné va résister.
    En plus franchement, ça intéresse qui Carla Bruni à part elle-même ?

  3. Szafran est en train de tuer le Marianne de JFK.
    Heureusement, il y a encore Marianne2, îlot fidèle à l’esprit originel du journal.

  4. …et mry, le premier, se pointa.
    )

  5. Si même Marianne revêt les habits de L’Express… Mais la construction de la « une » est effectivement très intéressante et traduit très bien cet état de schizophrénie éditoriale, ce « oui mais non ». A l’avenir, il faudra mesurer la surface de cet encadré pour voir qui de Jeckyll ou Hyde prendra le dessus. L’orientation est parfois une affaire de cm².

  6. J’ai toujours trouvé ce journal racoleur et opportuniste, certains articles sont ouvertement racistes , comme ceux de Rue 89.

  7. Marianne…

    Oui. Bon. Faux poil à gratter.

  8. On pourrait faire un sondage sur les médias qui usent de sondages et utilisent les pipoles.

    Sondage Birenbaumway.

    Je suis contre.

    Comme Franck Dubosc.

  9. les sourds ne savent pas quelle chance ils ont
    ils n’ont pas de mérite non plus
    pardon, mais leur vrai handicap est là

  10. Carla Bruni en Marianne ?
    Je vois pas le problème.
    Elle soutient la comparaison avec Mireille Mathieu et Evelyne Thomas.

  11. du coup on ne sait pas si les français ttouvent le premier homme de France moderne, intelligent, sincère, avec du sens politique et proche de nous.

  12. Bien vu. En même temps c’est la première chose que j’ai vu sur la couv’ ce matin…

  13. Pourquoi, un immense sentiment de fatigue m’étreint quand j’entends ou que je lis tous ces prénoms finissant en A?
    La pipolisation de nos politques me poussera t-elle dans les bras de Prozac? Serait-ce une énième machination des laboratoires pharmaceutiques avec le concours de nos politiques déçus du flop de la grippe mexicano-porco-H1Nième?
    Oui, décidément tout cela me fatigue…je vais me recoucher tiens.

  14. Zzzzzzzzz

  15. Ouais ! Bien vu !

    Ce qui m’énerve sur ce canard auquel je suis abonné depuis 5 ans, c’est l’éditorial larmoyant de Szafran : « ouinnnn, on avait raison contre tous, ouinnnnnn on l’avait bien dit à Marianne, ouinnnnnnn qu’on est bon dans nos analyses à Marianne. Ouinnnnn Personne nous aime. »

    On sent quand même qu’après avoir soutenu Bayrou comme des damnés, ils en reviennent un peu. Comme il s’agit fondamentalement d’un canard de centre droit mou (Barnavi, Manière, Domenach, Tillinac, Szafran et bien d’autres), ils sont tentés, comme Domenach par le soutien à Galouzeau de Villepin.

    Sans moi. Je me casse à la fin de mon abonnement : je préfère soutenir un pure player du Net, merde ! Et pas ce Marianne 2, esclavagiste qui exploite sans vergogne les blogueurs comme main d’œuvre talentueuse corvéable à merci !

    Le départ de JFK et son engagement au Modem ont fait beaucoup de mal au magazine, il me semble.

  16. Si Szafran réussit à démolir Marianne la pauvre rédaction va probablement devoir se taper Plenel.
    Le problème est que l’antisarkozysme ne suffit plus pour faire de l’argent.
    Je ne suis pas sûr de me réabonner à Marianne, déjà que je n’arrivais pas à lire les posts « people » de Guy sur lepost.fr…

  17. Cui cui là où on est en désaccord est que je trouve que c’est un « plus » de Marianne de réserver des pages à ses adversaires politiques.

  18. @ Bddisatva

    Bien sûr que c’est un plus. J’adore la pluralité mais ce qui m’agace, c’est le côté permanent des intervenants (toujours les mêmes). Ils tiennent quasiment rubrique ouverte chaque semaine…

    Cela pose question tout de même !

    Je regrette sincèrement l’esprit de « l’évènement du jeudi »
    😉

    Je reviens sur le mot « esclavagiste » que j’ai employé sur Marianne 2 : il est un peu excessif mais je n’aime pas l’échange : « tu me donnes gratuitement ton talent pour que je fasse de l’audience » et moi en échange « je te donne une tribune et la notoriété ».

    Pas sain et déséquilibré.

  19. Encore une fois, ce n’est pas :

    “faites ce que je dis, mais pas ce que je fais”

    mais :

    “faites ce que je dis, mais ne dîtes pas ce que je fais”

    C’est quand même pas dur bordel !!!

  20. oups : dites

  21. Marianne tente maladroitement de donner aux lecteurs ce qui semble leur plaire. Comment expliquer les 5 millions de journaux poubelles qui se vendent contre les quelques milliers de journaux « politique ». Les temps sont à la frivolité et à la vacuité. Peut être pour mieux endormir le brave peuple, toujours prêt à se sacrifier pour que l’élite puisse jouir des privilèges qui lui sont dûs !

  22. Trop mignon, le petit Birenbaum qui sert dans l’écume politico-médiatique sans le savoir . Quelle surprise … Marianne est un journal comme les autres, tenu aux chiffres de ventes exigés par les annonceurs qui font vivre les médias… Ben ça alors!
    Et que serait la presse écrite sans Nicolas Sarkozy ? combien d’exemplaires vendus parce qu’il est en couverture, ou Carla, c’est pareil en plus raffiné ?
    Moi je préfère Technikart à Marianne… Question de (bon) goût !

    Laura Conti

  23. Bonjour Laura,

    Je viens de lire ton commentaire et je cherche actuellement à rencontrer des lecteurs de Technikart pour mon boulot (stagiaire en agence de pub:).

    Juste pour quelques questions.
    Si tu as le temps merci de m’envoyer un petit mail à : dumontanso@gmail.com

    Merci à toi.

    Anne sophie.

  24. Bonjour
    Je trouve que la citation de Michel Audiard est d’une justesse implacable pour qualifier le journal Marianne.
    Très(trop?)fort.
    Le « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais »journal.

    bernard

  25. Braves gens lisez le canard enchaîné de ce mercredi 20 juillet 2011 ainsi que Marianne de ce samedi 22 Juillet 2011 à propos des phots de CB dans Paris-Match et faites votre opinion sur la puisance des communiquants de l’ombre.
    HM

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