Le vieux Club

Cuir

Que vous inspire cette photo ?

Que vous inspire cette photo ?

(…)

Pour faire retomber la pression, un concours, ce matin, dans l’épicerie.

D. m’a fait passer cette photo d’un Club prise dans une rue commerçante du Vieux Nîmes.

Que vous inspire-t-elle ?

Quelle histoire ?

Quelle vie ?

N’hésitez pas…

Le meilleur récit sera récompensé comme il se doit.

Je vous lis…

60 Commentaires

  1. C’est grave si ça ne m’inspire rien du tout ? Oui ? J’appelle mon psy alors..

  2. Non, ce n’est pas grave. Juste dommage…

  3. Une momie !

  4. Le fauteuil d’un chien!

  5. intermède dans une thèse éprouvante…
    « il en était sûr pourtant, c’était bien là! Il se rappelait l’avoir glissée sous le coussin du vieux club. Et pourtant rien. Il l’avait soulevé dix fois déjà ce coussin, avait glissé sa main derrière dans la poussière et les miettes. Et rien. Parcouru de picotements d’angoisse, et pris par le temps, il saisit la paire de ciseaux posée sur la table basse et les planta violemment dans le dossier. Il fendit le cuir et plongea sa main dans la bourre. Et rien. Il s’acharna alors sur le coussin et sur les montants, en sortit tout le rembourrage et rien. Dépité, il s’assit dans ce fauteuil autopsié, des perles de sueur sur son front. C’est alors que ses yeux se posèrent sur la cheminée. Elle était là, simplement posée là! Il se précipita pour la prendre et couru dans la cuisine. Encore sous le coup de l’émotion, il l’introduisit nerveusement dans le trou de la serrure du « placard à saloperies ». Enfin, la délivrance. Il pris une pleine poignée de Milky way et retourna dans son fauteuil. »
    Pardon, mes neurones sont un peu saturés…

  6. Pour avoir attendu qu’il soit dans cet état pour le jeter, il devait avoir une énorme valeur sentimentale et rappeler à son propriétaire toute une vie de souvenir…

  7. Nous fûmes un champ de blé sans pesticide, labourée par un attelage de bovins sans matricule à leurs oreilles. Notre paysan d’humain voulu un jour de son champ et de son étable, se reposer. Pépito vieillissant il nous transforma en son repos de coin du feu. À son départ sous l’un de ses champs, nous, devenu un, demeura dans le décor du théâtre des hommes. Séduisant quelques âmes lectrices ou buveuses ou fumeuses, j’accueillis alors des postérieurs de tout gabarit. Mes ressorts, ma paille, ma peau ayant laborieusement subi non pas des outrages mais une légitime usure, je fus un jour confié aux vicissitudes d’un grenier puis d’une cave. Je connus alors d’autres règnes animale, des rats, des souris et quelques contingents de puces. Mon lieu de vie se transformant pour de basses raisons humaines, je fus mis à la rue sur un trottoir.Je ne suis malheureusement pas affublé de mécanismes électriques massant ni d’une petite boîte à sous et le client se fait rare dans cette rue. Les passants qui passent sans me voir sans même me dire bonsoir, marchant ou courrant selon le climat social, acheteurs ou fugitifs d’une armée casquée et bleutée. Je ripe comme je peux, sans roulette rencontrant quelques amis me demandant le partage de mon périple, eux aussi abandonnés. Un carreau de mousse, venue de bien plus loin sous terre, d’abord pétrole puis devenu le substitut de la fabuleuse paille de mes entrailles. Un traversin aux histoires intimes de baisers, de rêves et de baves. Un ancien tapis ayant quelques tatouages tabagiques.
    Et je suis là, devant un épicier, attendant la sortie, l’évasion d’un cher amis, ce blé meunier à qui je promets de rendre fertile ensemble la décharge qui nous attend.

  8. Chez « moi » enfant, il y en avait un qui avait déjà un peu vécu, échoué dans une maison de campagne, sorti d’où? mystère.
    T.Fersen, chanteur, appelle sa valise Germaine, et bien Germaine ma grand-mère, comme tout le monde dans la famille, appelait ce fauteuil, mou avec un ressort qui vous rentrait dans les fesses, « le Pompidou ». Pourquoi? mystère.
    « Il faut le virer, il est dangereux, un jour y’a un ressort qui va vous traverser les abattis, tant pire pour vous » disais Germaine, « j’dis ça, c’est pour les gosses ». Tu parles c’est pour le pépé tout maigre qui sièstait dedans qu »elle partait en guerre contre le pompidou et son ressort tranchant qui risquait de faire couler le « jus de raisin » à flot sortant de nos guiboles prises au piège. Au début, mon grand-père fumait ses gauloises dedans, « tu va foutre le feu, mais si j’te l’dis, tu t’endors et après ton mégot tombe entre le bras et le coussin, je sais, je l’ai vu l’autre jour, ça t’as réveillé ». Qu’est-ce qu’elle était catastrophiste, ma grand-mère. À longueur de journée, elle prédisait toutes les catastrophes possibles et imaginables de la maisonnée, en mission de prévention. D’ailleurs après mon grand-père fumait ses gauloises dehors pour avoir la paix, à l’abri sur la marche de la porte du cabanon près du portail. Un précurseur pour tous les fumeurs d’aujourd’hui. Une grand-mère accélérateur, un grand-père ralentisseur. Il s’habillait en costard-cravate pendant les alertes, avec lenteur dit la légende. Alors qu’il était ouvrier et travaillait en cotte en emportant sa gamelle émaillée blanche tachetée de gris, comme Charlot. S’habillait-il pour mourir digne, indifférent à la contrainte de la terreur, ou pour faire enrager sa femme? Mystère.
    Les grand-parents non, mais le fauteuil existe toujours et a été récupéré par une « gosse ». Je ne pense pas que ce soit lui sur cette photo, pourtant je reconnais bien les sourcils broussailleux de Pompidou et les brûlures de cigarettes du grand-père.

  9. J’étais confortablement assis dans mon fauteuil club devant la télé quand j’ai été pris de fringale. RIen dans le frigo. Alors je me suis mis à boulotter mon fauteuil. J’ai été vite rassasié, il est assez bourratif. Puis, comme je ne suis pas chien, j’ai jeté les restes aux Roms qui mendiaient au bas de mon immeuble. Ils ont fait la fine bouche et sont assis dessus. Sur le moment, ça m’a dégoûté mais, par la suite, j’ai appris que c’étaient en réalité des flics déguisés en gitans. Ils avaient cru que j’essayais de les soudoyer pour qu’ils arrêtent de casser les vitrines, or ils sont incorruptibles.

  10. La mamie aux chats.
    Elle était connue dans tout le quartier, depuis le temps qu’elle y vivait. Tous les commerçants l’accueillaient régulièrement dans leur boutique pour discuter d’un autre temps qu’eux-même n’avait pas connu.
    Elle parlait souvent de partir vers le sud pour y finir ses vieux jours, mais elle ne pouvait pas, disait-elle, à cause de ses chats.
    Un jour elle n’est plus venu faire ses courses, et tout le monde a compris qu’elle était enfin partie.
    Ce que personne n’avait imaginé, c’est qu’elle avait quitté ce monde toute seule, assise dans ce fauteuil sur lequel ses chats aimaient tant faire leurs griffes.
    Les pompiers l’ont retrouvé plusieurs semaines après son « départ », quand ses enfants se sont inquiétés de ne plus avoir de ses nouvelles.
    Le drame a fait beaucoup de bruits dans le quartier. C’est pourquoi tout le monde a tourné la tête en passant devant le fauteuil descendu dans la rue par les héritiers pour être emmené par les éboueurs.
    Un touriste l’a pris en photo, moquant son état délabré.
    S’il avait su son histoire…

  11. Moi ça me fait penser à un enregistrement de Philippe Léotard qui lisait (tout en se pintant consciencieusement la gueule) des poèmes écrits par un mec qui avait décidé de se laisser mourir dans son lit, dévoré par la crasse et les parasites.

    Je n’arrive pas à remettre l’oreille dessus. Je ne sais pas si c’est jamais sorti officiellement.

  12. « Asseyez-vous là, Monsieur Machin. »
    « Mais, Docteur, il n’en est pas question ! »
    « La séance est finie, vous me devez 150 euros »

  13. Ce fauteuil me fait penser à PIMP MY RIDE , une émission de MTV ou de jeunes gens amènent des voitures dans un état de délabrement et de décomposition avancée…afin que de pauvres « tuners » transforment en carrosse de pitoyables citrouilles. ( je propose donc : « pimp’my Club »)
    Je m’imagine ce pauvre fauteuil au passé épique labouré par des fesses alourdies de responsabilités ou de paresses…
    Je le vois trônant dans un salon cossu à une époque ou le web était une chimère de Jules Verne.
    Je sens une odeur épicée ( 😉 …) sourdre de son cuir tanné par le temps et j’entends le craquement de ses coutures…
    Ce fauteuil devait être le trône d’une personne importante pour qui le gâchis et la dépense amenaient une peur phobique…
    Ce club est l’emblème involontaire du recyclage…
    Ce club est un résistant.
    Ce club est une œuvre d’art…
    Ce club est le miroir du temps, et le regarder nous fait vieillir, ou rajeunir…
    Bon Dimanche Guy

  14. C’est un fauteuil qu’occupe un SDF pour faire la manche ! C’est évident, non ? J’ai raison ?

  15. Le fauteuil avait été posé là, dans la rue, hier soir. Quatre bras l’avaient porté depuis la cave jusque devant l’immeuble. Deux appartenaient à Monsieur Pierre, celui qui s’était assis sur son cuir pendant des dizaines d’années, les deux autres étaient ceux de son fils qu’il avait connu tout petit.

    Le fauteuil avait senti la fébrilité de Monsieur Pierre hier soir, pour la seconde fois. La première, c’était un mois auparavant, quand le fauteuil avait quitté le salon dans lequel il trônait depuis si longtemps. Il avait vieilli et ne pouvait plus accueillir décemment Monsieur Pierre même si celui-ci ne voulait pas se l’avouer et avait refusé pendant tous ces mois de considérer la mauvaise santé de son plus vieil ami. Monsieur Pierre s’était souvent posé la question de savoir lequel des deux verrait disparaître l’autre. Il avait fini par s’y résoudre, c’est lui qui survivrait à son fidèle fauteuil. Mais Monsieur Pierre n’avait pas eu le courage de faire ses adieux tout de suite, alors il l’avait descendu à la cave : le fauteuil déchu, le vieil homme déçu.

    Hier soir, le fauteuil avait quitté son purgatoire. Le fils de Monsieur Pierre avait été le premier à remonter à l’appartement. Aussi loin que puisse remonter sa mémoire, il retrouvait toujours le fauteuil dans les images de son enfance. Il se souvient quand il était encore assez petit pour s’endormir en boule sur son assise ou quand son père le prenait sur ses genoux quand il s’asseyait dessus. C’est cette nostalgie du confort de l’enfance qui l’avait gagné en laissant une dernière fois en tête à tête son père et le fauteuil.

    Monsieur Pierre s’était alors assis là, dans la rue, sur son fauteuil. Il avait posé ses bras sur ses accoudoirs, s’était enfoncé le plus loin possible et avait posé sa tête sur le dossier. Il avait pleuré, le fauteuil aussi.

    Puis il avait fallu se lever. Monsieur Pierre l’avait regardé encore une fois et, après une dernière caresse sur le cuir, s’en était allé.

    Le fauteuil n’avait souhaité qu’une seule chose pendant sa dernière nuit : qu’on ne l’oublie jamais. Alors, quand au petit matin l’épicier d’en face s’arrêta devant lui et le prit en photo après avoir ouvert sa boutique, le fauteuil se sentit apaisé et savait qu’il pouvait partir tranquille.

  16. Comme le montre le bout de ficelle, la couverture, les coussin, je ne suis pas un encombrant (polluant à court terme car on va me brûler dégageant des toxiques à la présence irréversible), mais un objet recyclé (qui en augmentant la durée de vie des matériaux augmente la durée de vie de la planète, enfin en théorie).

  17. Je suis un fauteuil à voyager dans le temps. On s’assoie et hop.
    Pour aller dans le passé c’est assez instantané.
    Pour aller dans l’avenir, c’est moins au point: pour 5 minutes (de lectures) dans l’avenir, il faut 3 heures (après la mise en ligne du billet) de fauteuil.

  18. Que le type qui a laissé ça dans la rue est vraiment un gros dégueulasse…..

  19. la vie de fauteuil, c’est pas facile

  20. « Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? »

  21. Un fauteuil pour deux.
    Fallait pas opposer Copé et Bertrand pour le fauteuil de patron de l’UMP.

  22. Monsieur,

    Je suis déçu de ne pas pouvoir participer à votre concours. D’autant que ce dimanche, je n’avais pas grand-chose de prévu. Mais surtout, j’adore les concours, je crois que c’est mon penchant pour la géographie qui l’explique un peu : un concours, ça permet de se situer. De voir où est sa place.

    Mais il se trouve que j’ai participé à l’évacuation de ce fauteuil. Donc, à défaut de pouvoir jouer, si je peux renseigner. Nous l’avons descendu à trois. Bonjour le lumbago quand même. Mais, le jour où l’inspecteur Mouchet fera moins son chef n’est pas levé. D’un autre côté, sans lui, j’aurais descendu ce fauteuil (« club », dites-vous ? Je vais regarder de quel style il s’agit) et point (*). Les renseignements, vous pouviez toujours courir. Pour ça, l’inspecteur Mouchet est chic, il nous raconte toujours ses enquêtes. Il dit qu’il faut qu’on les écoute comme des explications. Avant de se lancer, il a une formule marrante : « Au moins, votre journée aura du sens ». Personne de nous trois n’a encore osé lui demander ce qu’il voulait dire par là.

    Bref, je vous répète, en gros, les propos de l’inspecteur. Je précise que je lui ai trouvé une drôle de tête quand il parlait, on aurait dit qu’il était un peu chamboulé alors que ce n’est pas le genre. Je me suis permis de faire un résumé parce que son histoire n’en finissait pas, il donnait des détails et des détails, à la fin, avec les collègues, ça nous gonflait un peu, quand je vous dis que le patron n’était pas dans son assiette.

    « Vous avez porté la vie d’un homme, messieurs. Merci de ne pas faire ces yeux de merlan frit. Ce club (tiens, il était comme vous, il connaissait les styles) a appartenu à Auguste R. (là, c’est moi qui ai coupé ; mon métier me permet de savoir des choses sur les gens, mais motus sur leur identité).
    Auguste R. avait hérité ce club de son père.
    Sa femme avait fait tellement d’histoires quand il l’avait ramené qu’il s’appliquait à lui démontrer, au quotidien, qu’il lui était utile. Le soir, il s’y asseyait systématiquement pour se délasser. Pour l’emmerder aussi. Entre son père et Nadine, le courant n’était jamais passé. A sa mort, elle s’était crue débarrassée. Et non. En ramenant ce club, Auguste avait fait rappliquer le beau-père à la maison.
    Messieurs, je n’aurais jamais cru qu’un fauteuil pouvait mettre un tel bordel dans une baraque.
    Il faut dire qu’au départ, Auguste et Nadine n’étaient pas forcément bien accordés.
    Il était professeur de philosophie –maître assistant en réalité, elle était responsable des ventes dans un grand magasin de prêt-à-porter. Lui, c’était plutôt les idées et elle, les chiffres. Enfin, en y mettant chacun un peu du sien, ils arrivaient de temps en temps à se parler. D’autant qu’un couple peut trouver d’autres terrains pour se rencontrer, je ne vous fais pas un dessin.
    S’il avait un poste à l’université, il ne faisait guère impression. Ni sur ses collègues, ni sur ses élèves. On ne lui contestait pas ses compétences : une vraie encyclopédie. Mais, il ennuyait : aucune conversation avec ses pairs, aucun souffle dans ses cours. Un mec chiant à qui l’on regrettait d’avoir accordé un strapontin. Merci messieurs de retenir que je n’ai pas choisi ce terme au hasard : je viens de vous donner un indice.
    Tandis que, pour Nadine, la direction parisienne hésitait déjà –elle avait dans les 35 ans à l’époque : allait-on la bombarder directrice des ventes au siège dans un an ou dans deux.
    La promotion de Nadine creusa un gouffre entre eux. Après le fantôme du beau-père, il y avait la présence d’un gros trou chez eux si vous voulez.
    Elle était super contente, elle avait envie de se souvenir de son impeccable parcours, normal. Au début, Auguste partageait sa joie. Dans la mesure de ses moyens : s’il n’était pas une flèche à l’université, on ne le payait pas à ne rien faire. Ses cours, il avait toujours à les préparer. C’est drôle d’ailleurs qu’il ait autant bossé des interventions aussi plates. L’enthousiasme de Nadine faiblit d’autant moins qu’Auguste le partageait dans la mesure de ses moyens.
    Et ce qui devait arriver arriva : Nadine lui reprocha son manque de sincérité. Il ne se défendit pas car son métier, c’était de courir après la raison, ça a rapport avec l’honnêteté alors, il aurait été plutôt mal placé. Messieurs, j’ai aussi choisi « mal placé ».
    Mais Nadine était remontée, alors, ça aussi, c’était à prévoir, elle lui a lancé à la figure : « C’est vrai que toi, tu préfères croire que la réussite viendra à toi. Toi, tu n’as qu’à attendre. Voilà, toute l’ambition de Monsieur pour être moins transparent, c’est d’attendre. J’aurais dû y penser quand tu as rapporté ce fauteuil décrépi. Tu t’y sens bien car il incarne toute ton ambition : le derrière assis, attendre ».

    Auguste n’a pas moufté : Nadine n’avait pas tort.
    Mais le soir même, il dormait dans son fauteuil. Il y dormirait toutes les nuits. D’un sommeil agité, d’où le dossier labouré au niveau de sa tête. D’où le polochon, aussi. A force, la bourre devait piquer.
    Un soir, Nadine ne rentra pas.
    C’est alors qu’Auguste habita son fauteuil.
    Jusque-là, messieurs, ce sont les collègues d’Auguste, quelques étudiants, les voisins du couple qui m’ont permis d’établir comment Auguste en était venu à ne plus décoller du club. Pour la suite, ce pauvre type a tout consigné dans un cahier.

    Il y écrit qu’il n’en veut pas à Nadine. Que, grâce à elle, il a vu clair en lui. Qu’elle lui a permis d’oser ce à quoi il aspirait pour de bon : attendre. Son seul point de divergence avec Nadine concernait le motif de son attente. Il n’était pas aussi sûr d’attendre d’être moins transparent à l’université. Non, il attendait que ça s’arrange.
    Il a consigné chaque jour la nature de ses efforts. Puis, il n’a plus fait que compter les jours, sans détailler les efforts qu’il avait déployés.
    La première fois qu’il a additionné, il a pensé à Nadine, ce serait la dernière.
    Quand ça s’arrangerait, il aurait ainsi un autre bonheur, celui de savoir qu’il l’avait mérité : le chiffre auquel il serait rendu en attesterait.
    C’est après avoir inscrit 222 jours qu’il a eu peur que son cahier brûle. Il allait continuer son calcul, mais il allait s’adjoindre un autre support pour le noter.
    Auguste a alors griffé les bras du fauteuil à la fin de chaque journée. Le cahier fait état de 3 700 jours sur sa dernière page. Pour ma part, et je vous parle en professionnel, je dirais qu’il a dû entailler les bras au moins deux fois plus. Et, s’il on veut bien admettre qu’il s’est énervé, il a dû, faire fonctionner ses pieds avec ses mains dans les dernières années. D’où, l’éventration en bas sur le club.

    Après, que l’on ait retrouvé Auguste R. refroidi dans son fauteuil n’est pas surprenant. En revanche, je ne sais pas comment les voisins ne nous ont pas alertés plus tôt. Même en le regardant, ce fauteuil, moi, je le sens. Pour une fois, les gars, je vous plains. Enfin, je suppose que vous vous êtes lavé les mains ».

    (*) enfin, il reste le lumbago.

  23. Voilà où ça mène de mener une vie de bâton de chaise. J’avais une de ces gueules de bois, ce matin-là. N’empêche, si j’avais su qu’on me tirait le portrait, j’aurais essayé de sourire. J’ai une réputation assise.

  24. J’ai retourné ma veste pour avoir un siège, et voilà ce qu’on m’ adonné. Forcément, je me suis un peu énervé dessus.

  25. J’attends là depuis trois jours que le prix des suissons baisse. 7,80€, c’est du vol.

  26. Acharnement thérapeutique
    Quand le temps vient, il faut savoir se séparer des choses et des gens, la décrépitude poussée à son paroxysme, me fait penser à toutes ces aventures qui sont restées bloquées par un esprit cramponné à l’objet, et noyées dans l’usure….
    Un peu comme un vieux sénateur sénile, qui ne quitterait son siège que pour le cimetière….
    Ps : je n’ai rien contre un vieux sénateur pas sénile

  27. Depuis toujours…
    Je suis incapable de dire depuis quand je le vois. Mais je pense vraiment que je le croise depuis toujours.
    C’est un fauteuil sans âge.
    Son cuir est usé blanc, après avoir été blond.
    Il est incroyablement bronzé, tanné ; burné même.
    Quels que soient le temps, les saisons, été comme hiver, il fait du sur-place seul avec sa bourre qui débourre et son cuir qui cuit (cui-cui).
    Il arpente la rue et pourtant il bouge pas.
    Celle de Deauville.
    Celle de Trouville.
    De Gonfreville, Varengeville, Tancarville. « Fais pas le pont », on a envie de lui hurler.
    Peut-être même va-t-il plus loin toujours immobile.
    Poirée-sur-Vie. Aubergenville. Franceville. Aubervilliers avenue de la République.
    Je me suis toujours demandé ce qu’il faisait. De loin, je le voyais s’épancher.
    Se masser les choses.
    Il paraît qu’il a une copine sur la plage de Decazeville.
    Une copine de plage qu’il peut plus supporter (big-mac®, Nutella®, pizzes quatre-fromages, galettes complètes… et no gonflette).
    Depuis toutes ces glandées (pas loin de quarante), je n’ai jamais osé.
    Ni même l’embrocher gaiement. Je ne l’ai jamais crichtée golvoter à personne d’ailleurs. Ni d’ici.
    Jeudi, après la délocalisation de chez moi : vers la capitale!
    Pour têter le lait d’la mère.
    C’est là qu’au coin d’une rue, vers 10h, je suis tombé nez à nez avec lui à Flamanville.
    J’ai décidé de suivre quelques prêtres et de les prendre en photo. On a pas été loin. Je me suis aperçu que le paysage changeait pas.
    Juste. Comme un témoignage. J’irai revoir ma Normandie.

    Pour fixer son image.

  28. Faut pas croire, j’ai eu une vie normale pour un fauteuil de mon style, j’ai supporté quelques corps lovés et beaucoup de fessiers. J’étais du côté de Calais et je n’ai pu éviter la case décharge municipale.
    J’étais encore robuste, enfin assez pour recevoir les corps d’afgans et consors. Finalement, j’ai été adopté par une famille de roms, donne un home à ton rom, c’est eux qui m’ont mis dans cet état ; leur habitat par trop humide, sans doute. Aussi les gosses, qui me bouffaient de temps à autres.
    Mais là, je ne sais pas. Après l’épisode des roms, je ne me souviens plus, c’est le trou noir. On m’a placé ici, pourquoi ? Pour moi, c’est la crémation directe.
    Alors, qui a fait ça ?

  29. L’ancien ou l’ancienne propriétaire était mauvais(e) en bricolage et moyen en récupération.

  30. Rectificatif : au lieu de « Pour fixer son image », lire « Pour mixer son fromage », ça fait mieux. Bon, j’ai gagné quoi?

  31. Je lis tout ça dans la soirée.

  32. Moi je vote Fabienne et je veux bien l’adresse de cette boutique très sympathique. En vous remerciant m’sieur

  33. La boutique est à Nîmes. Je vote pour Poisson et son Pompidou, juste devant Fabienne. Poisson vous connaissez mon mail…

  34. Tout çà c’est la faute à Marcel quand Pilounet est mort ( Pilounet avait 34ans ) pour un humain ce n’est pas vieux mais pour un chat çà commence à faire . Donc quand Pilounet est mort j’étais inconsolable . Au bout de quelques mois Marcel voyant cette profonde dépression qui m’envahissait de plus en plus a donc remplacé Pilounet .Je l ‘ai donc baptisé Maya car son pelage rayé me faisait penser à une petite abeille .
    Maya a vite grandi plus vite qu’un matou normal . J’ai l’habitude de m’asseoir avec lui dans ce fauteuil et il a vite débordé , son ronronnement devenait de plus en plus rauque .
    Un jour je demandais à Marcel où il avait dégoté un chat pareil . Un cirque était passé et après leur départ il avait entendu un petit miaulement et c’est comme cela qu’il avait eu l’idée de me l’offrir pour me consoler .
    Maya avait de plus en plus faim et prenait la sale habitude de faire ses griffes sur mon fauteuil . Je le corrigeais bien entendu mais rien ne l’impressionnait . Puis un jour sans aucune raison Marcel a disparu , comme cela sans laisser d’adresse . Après 60 ans de vie commune il n’a laissé que la boucle de sa ceinture . Drôle d’idée quand même . Les rares amies qui venaient me voir disparaissaient sans même dire au revoir . Elles oubliaient souvent leurs sacs . Bizarre . La police a fait une enquête et l’inspecteur lui aussi a disparu lorsque j’étais dans la cuisine . Hier au soir j’avais oublié d’aller acheter des croquettes à Maya . Il faut dire qu’il mange de plus en plus . Donc hier au soir il a feulé , son regard est devenu jaune , je me suis cachée derrière le fauteuil et d’un coup de patte il l’a balancé dans la rue . Ceci est mon dernier message que je viens d’enregistrer sur mon portable . Voilà mon adresse méfiez vous en entrant il est un peu sournois.

  35. Jaurès, de Gaulle, Roosevelt, Churchill et Lénine sont en pleurs, Georges Frêche viznt de mourir.

  36. L’arène des épices a un accessit. Car elle a pris la photo 😉

  37. Mais pourquoi donc me regardez-vous avec cet air ahuri ? Comment çà, mon apparence ? Je suis usé, sale, foutu et je ne vous inspire que du dégout ? Vous plaisantez j’espère ? Qui êtes-vous pour me juger, vous ne connaissez rien de moi. Vous ne voyez que cette apparence sans imaginer un instant ce qu’a pu être ma vie.
    Voulez-vous que je vous parle de tous mes propriétaires successifs ? Que je vous parle de ces interminables heures de solitudes passées dans la pénombre d’une pièce sans âme. De ces journées passées dans le froid glacial d’une remise ou sous la pluie. De ces heures à écouter sans broncher, les confidences les plus intimes de parfaits inconnus. Des mauvais traitements que tous ces petits garnements m’ont fait endurer. De ces femmes de ménage sans conscience professionnelle. De ces couples sans pudeur. De tous ces secrets que je porte comme un fardeau sans pouvoir les partager.
    Voyez-vous mon ami, je sais que mes jours sont comptés. Mon dernier propriétaire est mort hier dans la plus grande indifférence. Il s’appelait Jacques, c’est le seul dont j’ai retenu le nom. Il n’avait plus de famille et pas de maison pour se loger. Nous prenions soin l’un de l’autre et vers la fin, nous avions fini par nous ressembler. Nombre de fois, j’ai vu dans le regard que portait les gens sur lui, cette façon que vous avez aujourd’hui de me regarder. Saviez-vous ce qu’il me disait alors ?………

  38. on dirait presque le mien 🙂
    Mais moi je le garde 😀

  39. Le trouvillais a encore parlé. A quoi ça sert de se faire appeler Isabelle ou Lovely quand son coeur penche pour Poisson ?

  40. J’aime la mayonnaise.

  41. J’y pense, certains disent que Nicolas Sarkozy sera réélu dans un fauteuil en 2012. Un fauteuil à l’image de l’état dont il met la France en ce moment.

  42. ça me rappelle un vieux fauteuil du même genre mais je sais plus où c’était, peut-être chez mes grands-parents maternels avant qu’ils n’en rachètent des neufs au tournant années 70.

    Effectivement c’est ça : il y en avait deux (passablement râpés, moins dodus que celui de la photo, même genre de couleur), et en les faisant basculer vers l’avant cela faisait d’excellentes « cabanes ».

    Les trucs inventés, ne vaudront jamais les récits de faits réels (quand il s’agit de choses intéressantes bien sûr).
    Exemple :
    http://rebellyon.info/Temoignages-sur-la-prison.html

  43. Pas le temps de délayer mais on aurait pu broder autour de la « Destroyed room » de Jeff Wall :

    http://www.tate.org.uk/modern/exhibitions/jeffwall/image/roomguide/rm1_destroyed_room_lrg.jpg

    Ce travail photographique de Wall est une interprétation/relecture/hommage à Delacroix et à sa « Mort de Sardanapale » :

    http://www.lemondedesarts.com/images/Delacroix38.jpg

    Delacroix précisait :

    «Les révoltés l’assiégèrent dans son palais… Couché sur un lit superbe, au sommet d’un immense bûcher, Sardanapale donne l’ordre à ses eunuques et aux officiers du palais d’égorger ses femmes, ses pages, jusqu’à ses chevaux et ses chiens favoris ; aucun des objets qui avaient servi à ses plaisirs ne devait lui survivre.»

    En ces temps assez furieux, on aurait pu voir ce vieux Club comme échappé d’une réinterprétation de Wall du tableau de Delacroix :

    http://www.guibord.com/Democracy/files-images/La_Liberte_guidant_le_peuple.jpg

  44. Bonjour,

    J’ai crevé l’oreiller, j’ai dû rêver trop fort….

  45. L’episode de CSI que je viens de regarder. Beurk.

  46. C’est trop travaillé pour être un simple fauteuil qui aurait vécu neuf culs.

    Je pense à de l’art contemporain.

    Titre :

    « La France sous Groscul 1er »

    http://tinyurl.com/67j7vy

  47. Finalement, c’était une photo d’actualité: la fin de Frêche au fauteuil inamovible?

  48. Je sais pas moi… De l’art contemporain? Une intervention « in situ » d’un artiste génial vedette de la FIAC? Un truc à 100000 dollars (à vue d’oeil) ?

  49. C’est bête mais il me fait penser à Georges Frêche

  50. Vous n’allez pas le croire! Vous savez la récompense là qu’il disait au début, eh bien tu parles d’une surprise:
    c’est le fauteuil!
    Chez moi, question style, il fera bien c’est pas le problème, j’ai adopté le « capharnaüm » depuis un moment déjà, mais c’est la place. Je ne sais pas où je vais le mettre. Je lui ai trouvé un nom en tout cas, grâce à Yvette Ferrand et Florence. Un nom d’homme politique, décidément..

  51. Les haricots secs de soissons à 7 euros 80 le kilo ?
    Ca m’inspire qu’il faut bêcher le jardin, à ce prix là, tout vaut de l’or ! Celui qui s’en est servi a du suivre le même raisonnement, fini le temps des pleurs et des regrets, de la reflexion, place à l’action, je suis sûre qu’il est parti s’acheter quelques lopins de terre, et une bêche pour mieux s’enterrer au milieu de ses futures salades et au moins avoir à manger. De l’art de survivre en milieu hostile… adieu donc le club, vive la binette et le seau ! Même s’il aura fallu à certains une reflexion plus longue (vu son usure, sur la photo, on peut même établir ce temps passé à y réfléchir comme un reccord ), nous finirons tous au potager plutôt que dans le luxe et la paresse du cuir qui sent bon !

  52. L’état désespérant de la société française après les réformes ambitieuses de sarko.
    La restauration sera ardue.

  53. Un fauteuil de troubles.

  54. Wow, your post makes mine look feelbe. More power to you!

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24 Oct, 2010

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