La dame en maillot violet

"Est-ce qu'il y a assez d'eau pour se baigner ?"
J’étais assis sur le sable, face à la mer. La Manche.

La plage de Trouville était encore quasiment déserte.

La dame en maillot violet est arrivée derrière moi, avec son sac, sa petite serviette et ses chaussures à la main.

– « Bonjour monsieur » me dit-elle.

– J’ai grommelé un vague « Bonjour ».

C’est que je déteste que l’on me parle, quand je suis en train de regarder la Manche qui monte.

– « La mer monte, là, monsieur ? »

– « Oui, madame, la mer est en train de monter ».

– « Et, dites-moi, monsieur, est-ce qu’il y a assez d’eau pour se baigner ? »

Devant mon silence totalement interloqué, la dame en maillot violet a répété une deuxième fois sa question. Pensant probablement que je ne l’avais pas entendue.

– « Est-ce qu’il y a assez d’eau pour se baigner, monsieur ? »

J’ai tenté de réprimer le fou-rire qui, du coup, montait, lui aussi…

– « Bah, oui, madame, regardez devant vous, des kilomètres de mer »…

Et je lui ai montré la Manche immense, face à elle. Avec le Havre sur la droite, évidemment aucune côte visible en face et la digue, entre Trouville et Deauville, sur notre gauche…

– « Des kilomètres et des kilomètres de mer, madame… »

– « Très bien, merci monsieur. Bah je vais me baigner, alors. »

La dame en maillot violet a posé ses affaires et est partie dans la mer… Non sans m’avoir demandé de surveiller son sac, sa petite serviette et ses chaussures.

Je ne l’ai pas vue repartir.

 

Ce billet a été publié le 11 août 2009 sous le titre « Quand la mer monte ».

5 Commentaires

  1. Ce billet a été publié le 11 août 20099 ?

  2. 😉 ervé !

  3. Maintenant elle est devenue avocate et elle fait des effets de manche.

  4. Wow…Je ne sais quoi penser. Je n’ai pas envie que ce soit une histoire triste. La dame au maillot violet, est revenue sur la plage. Guy était déjà parti. Il n’a pas vu, ses yeux embués de larmes. Elle aurait tant aimé lui parler encore. Elle se mit à sourire. Elle reviendra demain.

  5. Il eut fallu lui répondre « non ».
    Mais on n’est pas assez préparé à ce genre de question.
    Cet tournure d’esprit, mon grand-père l’avait, et mon père qui disait qu’une grand-tante le possédait, un jour qu’il l’avait vous surgir chez une de mes filles. C’est plutôt méchant, cinglant, mais ça fait rire et on ne peut s’empêcher de penser que c’est la provocation en face qui est responsable.
    C’est génétique, moi je l’ai pas. Je me reconnais direct dans la dame, je me dis qu’elle devait aller ailleurs, sur une plage où il y a des pieux plantés, des cailloux venimeux, que sais-je?
    Je suis trop bavarde zutalors…

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