Il faut que tout change… (vous connaissez la suite)

L’émergence d’un nouvel acteur est une bénédiction  pour le système qu’il prétend perturber

Dans tout système politique usé, l’arrivée d’un nouvel acteur, d’un « perturbateur » est une très bonne nouvelle…

D’abord, parce qu’elle donne l’illusion du renouveau ou de la nouveauté. Une illusion importante qui va faciliter l’entretien du système. Parce que – pour se maintenir, se perpétuer  –  le système politique a besoin d’exemples et de légendes qui montrent qu’il est ouvert et que chacun (ou presque) peut y entrer.

Ensuite, parce que le nouveau joueur permet aux médias concurrents de (se) raconter de nouvelles histoires ; de créer des feuilletons, des épisodes, des rebondissements différents des « séries » les plus vues et revues qui ont même lassé les plus assidus.

De plus, tous ceux qui se nourrissent du système et qui le nourrissent (sondeurs, intellectuels, associations, think-tanks, auteurs, éditorialistes, chroniqueurs, éditeurs, experts, etc…) y trouvent aussi un nouveau débouché, leur permettant de faire fructifier (c’est selon) leurs affaires, leurs productions, leurs positions, leurs postures, leurs egos, etc.

Surtout, le nouveau joueur offre la possibilité aux autres acteurs politiques de tenter de modifier leurs positions, leur jeu, voire de se légitimer. Que ce soit en affrontant l’arrivant (leur nouveau meilleur ennemi) ou simplement en dévalorisant son récit, ses idées, sa personne, pour s’en différencier. C’est un nouveau marqueur très utile pour redéfinir ou régénérer leur propre identité.

Quant au « public », qu’il soit passif ou actif (notamment grâce aux réseaux sociaux), il peut retrouver là de l’intérêt qu’il avait perdu ; en soutenant activement ou en s’opposant bruyamment au nouvel arrivant.

En résumé, et sans prétendre à l’exhaustivité, l’émergence d’un nouvel acteur est donc une bénédiction pour le système qu’il prétend perturber.

Il faut que tout change… (vous connaissez la suite)

 

2 Commentaires

  1. Comme toujours, une analyse fine et percutante.

  2. Merci beaucoup ! Peut-être que ce sera réducteur , mais quand j’ai entendu E. Ciotti dire qu’il voterait E. Zemmour sans hésiter face à E. Macron, j’ai cru comprendre soudainement un (des) principaux effets de la possible candidature Zemmour: permettre à une partie importante de la droite de dire « je préfère résolument l’extrême droite à un autre candidat ». En somme, de nous préparer à dire « oui, je vais voter le Pen », ce qu’elle n’a jamais osé clairement dire, tant la marque le Pen était un stigmate jusque là. Là , Zemmour fait tomber les masques. Pour aller dans votre sens, il est un révélateur de ce qui ne change pas (ici l’impensé factieux d’une partie de la droite, planquée derrière le faux-nez gaulliste), tout en faisant changer les mots. Et je pense que c’est grave : il ne pique pas tant des voix à M. Le Pen, comme s’en réjouissent certains, qu’il n’accentue en fait la porosité, la circulation électorale entre la droite et l’extrême droite. Ça peut se payer cher à terme, indépendamment de sa personne, et même , le cas échéant, de son score à ce scrutin-là. Vent mauvais.

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