Il m’a fallu vingt quatre heures pour parvenir à suffisamment digérer les événements vécus hier et, finalement, me décider à vous les raconter. Si vous ne voulez pas passer une sale journée, ne lisez pas ce billet…
Il m’a fallu vingt quatre heures pour parvenir à suffisamment digérer les événements vécus hier et, finalement, me décider à vous les raconter. Si vous ne voulez pas passer une sale journée, ne lisez pas ce billet…
(…)
Le temps était radieux sur le parc.
Comme chaque jour, depuis le 23 août 2009, je démarrais tranquillement mes 30 à 40 minutes de footing quotidiennes.
Je n’avais pas encore accompli plus de cent mètres, depuis l’entrée du parc municipal que je traverse, chaque jour, pour me rendre au stade, où j’enchaîne les tours de piste (douze, lorsque je suis très motivé).
Je ne me souviens plus quelle station de radio j’écoutais dans l’iPod.
Mais le son n’était pas assez fort pour m’empêcher d’entendre cette plainte déchirante.
Par réflexe, j’ai tourné la tête, dans la direction d’où venait ce son totalement désespéré.
J’ai vu toute la scène.
Il était noir.
Il est arrivé, à toute vitesse, vers le petit groupe qui se reposait, non loin de la pièce d’eau qui traverse le parc.
Immédiatement, la mère a compris que l’intrus qui fondait sur elle et sa progéniture était animé de très mauvaises intentions.
Elle s’est interposée, en poussant l’espèce de son pétrifiant qui m’avait fait tourner la tête.
Comprenant au quart de tour le drame qui se jouait, à moins de trente mètres de moi, j’ai décidé d’agir.
Eh non… Je ne fais pas encore partie de la cohorte des indifférents qui détournent le regard, lorsqu’une situation devient critique près d’eux.
Ce n’est pas du courage. Juste comme le sentiment d’une obligation.
J’ai donc infléchi ma course et, ce que j’ai vu m’a brisé le cœur.
En dépit de la tentative de la mère pour protéger ses rejetons, le salopard avait réussi à en choper un par le cou.
Il l’a embarqué quelques mètres plus loin.
La maman l’a poursuivi et attaqué, mais il était bien plus fort qu’elle. Il l’a écartée, en lui donnant un ou deux coups brutaux, sans aucun ménagement.
J’ai alors tenté le tout pour le tout.
J’ai brusquement changé de direction et je me suis jeté sur ce salaud, en hurlant, les bras largement écartés.
Je me suis dit que ça allait l’effrayer.
Surpris, il a lâché le petit qu’il avait traîné jusque là et qui poussait des petits cris insupportables.
La mère, abattue, ne bougeait plus.
Elle me regardait du coin de l’œil. Comme étonnée.
La brute a pris la poudre d’escampette.
Je n’avais aucune intention de le poursuivre. Je sais bien que ça n’aurait servi à rien.
Je me suis accroupi.
Très salement amoché, le petit, si mignon, gisait sur le flanc. Je luis ai parlé tout doucement.
J’ai ensuite essayé, très précautionneusement, de le relever.
Il est retombé immédiatement sur le même côté. La tête collée au sol.
J’ai commencé à le palper, très délicatement.
Je me suis aperçu qu’un attroupement respectueux et silencieux s’était formé, à une petite dizaine de mètres de moi.
J’ai immédiatement compris, avant même de l’avoir senti, en l’effleurant, à peine, de peur de lui faire mal, que le fumier qui l’avait arraché au giron de sa mère, lui avait brisé le cou.
Comme il ne pouvait plus se relever, ni marcher, j’ai décidé de le porter.
Quatre ou cinq personnes me regardaient toujours de loin. Sans parler.
Comme on observe un héros. Ou un dingue.
Je me suis approché de sa mère, tétanisée, et j’ai posé, le plus près d’elle possible, le petit corps dont la vie commençait à s’échapper. Je savais que c’était foutu.
L’un des gardiens du parc qui m’avait regardé intervenir, de loin, absolument sans bouger, m’a lancé ces quelques mots inutiles : « Il va mourir ».
Je ne lui ai rien répondu.
J’ai haussé les épaules.
Je suis parti en marche arrière.
Presque au ralenti.
Une femme assise sur un banc me regardait fixement.
Je crois que pour me donner une sorte de contenance, je lui ai dit, stupidement : « J’ai essayé… Mais je suis arrivé trop tard ».
Elle ne m’a rien répondu et a vite fait semblant de se replonger dans son journal.
J’ai accéléré pour reprendre ma course matinale ; totalement défait.
Ma journée qui commençait à peine était gâchée.
Même pas foutu de sauver un caneton…
Je hais les corbeaux.
Mais qu’il est con ! très bel exercice d’écriture. bravo.
Ah ben moi, ce matin, j’ai sauvé un rouge-gorge.
Il était venu becqueter les miettes de pain que j’avais déposées sur la terrasse.
Derrière la porte fenêtre entre-ouverte, prêt à bondir, mon chat.
Je l’ai fermée.
Envoyez-moi votre corbeau !
Affreuse histoire… c’est moche
Bravo
Le con… Mais le con !
J’y ai cru … La honte
« Il était noir.
Immédiatement, la mère a compris que l’intrus qui fondait sur elle et sa progéniture était animé de très mauvaises intentions. »
Tu vas encore donner du grain (des graines?) à moudre à Zemmour 😉
Joli billet.
je lui ai dit, stupidement : “J’ai essayé… Mais je suis arrivé trop tard”.
Elle ne m’a rien répondu et a vite fait semblant de se replonger dans son journal.
==============
Typique la scène parisienne.
Si vous aviez vécu à Bruxelles, vous auriez pu discuter avec la femme pendant une heure sur la vie, la mort, ça continue. Histoire de dé traumatiser le truc.
Là, vous êtes foutu, la scène va vous marquer à vie. Et les cauchemars de culpabilité viendront bientôt vous ravager.
Le petit arrivera avec la tête coupée vous réveiller dès 5 heure du mat. Ses ailes vont battre très vite puis s’arrêter d’un coup et tomber comme séchées. Et de la tête coupée sortira la tête de Christophe barbier.
Même le matin quand vous entendrez les oiseaux, vous entendrez aussi une petite voix « Pourquoi tu ne n’es pas intervenu plus tôt, pourqoi tu m’as laissé mourir ??? ».
C’est ça Paris…
‘tain mais j’ai flippé un maximum jusqu’à la dernière ligne. Bravo !
J’ai senti la chose venir dès les premières lignes, mais l’exercice est très bien réalisé. Bravo.
Ce billet m’a tourneboulé l’estomac… Même après la chute… Bravo pour l’acte de courage malgré le résultat…
Dans ces cas là, « essayer » ne suffit pas et vous le savez très bien….
Je ne vais pas vous faire un cours de philo, ni invoquer le fantôme de Jean-Paul Sartre, mais quand même, est-il besoin de rappeler qu’on juge les gens aux conséquences de leurs actes et non aux (bonnes) intentions qui les animent….
Le fait est que le petit n’a pas survécu… et que si vous aviez été plus prévoyant, vous auriez pu empêcher cela…. donc, vous êtes (en partie) responsable…. oui Guy, quelque part, cette petite vie encore pleine de promesses qui s’est brutalement et dramatiquement arrêtée, c’est un peu votre faute….
Mais je vous sais suffisamment intelligent pour apprendre de vos erreurs, même (surtout) les plus graves…. alors demain, au moment de sortir faire votre footing, n’oubliez pas votre lance pierres !
Allez, pour l’effort consenti, et qui m’a tenu en haleine, vous avez droit à un lol. Lol. Voilà c’est fait.
Et pourquoi noir je te prie!!!!! D’accord Marine à du sexe à pile mais quand même!!!
Je n’en reviens toujours pas! les Besson, Zemmour viennent jusque dans notre épicerie, estourbir nos poules et nos poussins.
et pour les oeufs frais on fait comment?
Non. On ne court pas avec un lance-pierres.
J’ai éventé le truc dès le début mais c’est fichtrement bien écrit.
Vous avez brisé mon petit coeur de fille.
N’oubliez pas d’écouter le morceau d’Alan Parson…
Parsons…
Raah mais j’y ai tellement cru…
Se lever tôt, nuit.
Belle histoire, c’est ça le truc, on embarque, puis la chute, la fameuse chute, et tout est rembobiné, relu du point de vue de la fin. Merci.
http://anthropia.blogg.org
Je n’aimerais pas jouer les rabat-joie mais peut-on avoir une petite pensée pour le corbeau privé de sa pitance pour quelque obscur réflexe dont le bien fondée n’est pas encore très limpide pour moi! A défaut d’envisager l’écosystème d’un point de vu inhabituel il vaut sans doute mieux en faire un prétexte à l’art. Mais vous devriez tout de même penser au corbeau quelquefois. Je suis certain que depuis cette scène vous avez déjà croisé de nombreux corbeaux. Réfléchissez…
Revenant de chez ma mie, encore étourdi, longeant la plage endormie dans l’aube naissante, je fus tétanisé par le cri de mort d’un gros blanc wador (chez moi ce sont des mouettes grosses comme des goélands,) fonçant à ailes rabattues sur une nichée de pauvres étourneaux. Et le second miracle se déclencha, au lieu de fuir, les moineaux organisèrent un ballet les montrant cent fois plus grand que le plus grand des gabians (grosse mouette dans le jargon estival) de toute vitesse et de toutes formes. Et le gros blanc pour survivre ( ils sont tous cardiaques, enfin froussards) piqua tête première dans la mer à peine dégelée. Et c’est le petit bing au lieu de l’habituel gros plouf qui me réveilla dans ses cheveux de geai.
Très belle journée.
Remboursez, M. l’épicier ! Ya pas de corbeau à Paris mais… des corneilles.
Quelle aventure !
Si ça m’arrivait, j’arrêterais immédiatement le footing.
Dans le prochain épisode, au milieu de la savanne, vous verrez SuperGrocer foncer tête baissée sur une lionne pour l’empêcher de tuer un jeune buffle.
Franchement Guy, quel droit avais-tu d’intervenir ?
très joli – sottement j’avais envisagé une irruption dans un tournage
salete de corbeaux. pour la peine je vais buter ts les pigeons que je croise. (ils doivent bien etre cousins par alliance ou un truc comme ca)
Si j’étais président de la Ligue contre l’anthropomorphisme et la pitié mal placée, je vous condamnerais à faire votre prochain entraînement avec pour tout vêtement une plume de corvidé (vous avez le choix de l’emplacement). Priver une corneille de son déjeuner… Ça va pas le chalet?
Ca me rappelle tous les rongeurs, lézards et autres oiseaux que j’ai pu sauver des pattes de ma chienne et de ma chatte…
Plus particulièrement un oisillon tombé du nid, qui avait failli être bouffé par ma chienne. Je lui ai fabriqué une sorte de nid sur un support en hauteur dans le jardin, surplombé d’un parapluie pour l’abriter de la pluie. Je le nourrissais à la becquée (pour qu’il pense que j’étais sa mère, j’approchais ma main en la faisant tournoyer au dessus de sa tête ce qui lui faisait ouvrir le bec). Sa mère aussi venait régulièrement lui donner à manger. Malgré cela, au bout de quelques jours, il est mort… :'(
« Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus
Les longs angélus se sont tus,
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux. »
(Ponctuation sans doute fautive, car je cite de mémoire.)
Le coup du « il était noir » m’a fait tilté (je me disais que ça ne vous ressemblait pas trop de réduire un agresseur à cette qualité, et que c’était un peu gênant, quand même, comme présentation) mais cela dit j’ai marché jusqu’à la fin – j’ai du relire deux fois pour être sûr d’avoir bien compris la chute.
tilter*
relire* (relire deux fois, c’est pas tautologique, ça fait juste beaucoup de relecture)
Je ne comprends rien… le corbeau, c’est la dénonciation anonyme, OK. Un canard, c’est un journal; un caneton, c’est un lecteur de journal (spécialement l’hebdomadaire du mercredi). Arrivé là, je ne comprends toujours pas. Désolé. Si par contre ce n’est que du premier degré, alors … C’est beau / Comm’ du Réjault.
@ VieuxMoutard Never complain. Never explain.
ça c’est bien vrai!
Vous nous avez pourtant mis en garde!
mais j’ai lu TOUT
Et ma journée est gâchée : pauvre petit caneton !!!
Cela me plait – c´est vivant et véritablement humain. Mais c´est aussi la chaine de la nature – les uns nourrissent les autres …
ce n’est pas très malin d’être intervenu parceque du coup il a du aller chercher un autre caneton à enlever
Et oui petit padawan, le monde est un cycle de vie et de mort. Quand la force tu maitriseras, la mort tu empêcheras. T’entrainer encore, Il faut, et les tours de stades accumuler tu dois pour le côté obscur pouvoir vaincre.
Bravi bravo!
Je ne suis pas peu fière de ne pas être tombée dans le panneau… dès les 1ers mots, tous les voyants d’alerte étaient allumés. Héhé, vous « pratiquer » sur Internet depuis quelques années, ça aide 🙂
Ca n’en reste pas moins bien amené!
la dernière fois vous n’aviez pas voulu de commentaires et parfois c’est mieux en effet!
Moi, j’en ai sauvé plus d’un ! Et comme ce n’est pas le premier exercice du même style que vous nous faîtes, j’y ai pas cru ! Je me souviens d’un PC qui rendait l’âme comme un vulgaire animal de compagnie. « Animal de compagnie » auquel je m’identifie forcément en laissant, ici, mes témoignages de sympathie.